‹ La BourgogneChapitre 29 sur 81 · TA B OU ROT DES ACCORDS · texte numérisé non relu

TA B OU ROT DES ACCORDS

Une histoire dijonnaise du XVI' siècle.

Vous avez ouy parler qu à Dijon il y a environ quarante ou cinquante ans, l'on ne parloit que de rire. Les clers, les marchands, et les gens d'Eglise faisoient des parties à l'envy les uns des autres. Dieu sçait quels banquets et despences Ion y faisoit. Il y avait un hon homme, et bien avaricieux. qui tenoit i'hostellerie de la Croix d'Or, qui estoit bien ayse de manger les autres, mais quand il esloit question d'aller chez luy. il sçavoit des destours d'escrime pour se sauver. Quand ce bransle eut longuement duré, l'on dist qu'il estoit force de luy en donner une : et, pour y parvenir, Ton appresta un jeune marchant venu de Paris, auquel on imposa un nom de Baron de Beaurepas. L'on le fit sortir par l'une des portes de la ville sur la nuict, afin qu'il ne fust apperçeu, et l'envoyé l'on loger en un village près de la ville: puis on envoyé par diverses postes de beaux chevaux, appartenans à ceux qui faisoient la tromperie, avec les serviteurs, et forces meschantes malles, les plus vielles et despecées que l'on peut trouver. Lesquels serviteurs estans arrivez au lieu où ce Baron faicl à la haste les attendoit, incontinent emplissent de foin leurs malles, et dressent leur équipage pour faire honneur à ce Monsieur le Baron, qui après en moult belle ordonnance se vint rendre audict logis de la Croix d'Or: Où il fut receu par l'hoste, qui incontinent luy demanda s'il contait avoir compagnie à soupper. Il répond que ouy et commande que l'on envoyé inviter tels et tels qu'il luy nomme, qui estoient ceux qui avoient dressé l'escarmouche, ausquels il vouloit faire bonne chère. Ce qui est aussi soudain exécuté : et eux arrivez, les tables furent incontinent couvertes, où 1 ou lit très-bonne chère, et Dieu sçait si l'on espargna le hon vin de l'hoste. Cependant Je Baron commanda à ses serviteurs que l'on ne desselle point les chevaux, et qu'ils souppent tous premier que de mener leurs chevaux à l'abreuvoir. Les tables levées, il se va promener avec sa compagnie, et en partant dist à son hoste qu'il reviendroit un peu tard, et que cependant il trouve en sa chambre l,i collation, et le Lict appresté : il le promet ainsi. Si le maistre

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avoit faict bonne chère, les serviteurs ne s'y espargnèrenl point, el

après soupper s'en vont aux chambres porter leurs malles sur les coffrer es lieux qu'elles entrapoient le moins. Ce fait, ils meinenl eux-mesmes abbreuver leurs chevaux : mais au partir de l'abbiruvoir, il les remenèrent chacun en leur maison. L'Hoste esbahy de cela, et voyant que son Baron ne retournoit pas, ne sçavoit que penser, car d'un costé, il voyoitles malles aux chambres et, d'autre costé, que les chevaux n'estoient pas en l'estable. Sur ceste anxiété, il appelle de ses voisins par l'advis desquels il ouvre ces malles affin de controller ce qui seroit dedans. El en ce faisant, ne trouvant que du foing, et voyant que les malles ne valloient rien, il cogneut bien que Ton luy avoit donné une trousse.

Les Escraignes dijonnoises.

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