‹ La BourgogneChapitre 30 sur 81 · BRUS ET 1ERE · texte numérisé non relu

BRUS ET 1ERE

Bossuet

Bossuet (Jacques-Bénigne) naquit à Dijon le 21 septembre 1627, et fut baptisé, le même jour, dans l'église paroissiale de Saint-Jean. On croit devoir mentionner ici, d'après les Registres de Saint-Jean, la date précise du baptême, parce que Bossuet lui-même s'y est trompé toute sa vie ; que, dans sa Correspondance, il croit avoir été baptisé le 29 septembre, jour de saint Michel; et que l'erreur, quoique singulière, est bien certaine, puisque, au témoignage de l'abbé Le Dieu, son secrétaire, c'est aussi ce jour-lk qu'il célébrait sa messe en commémoration de son baptême. La chronologie est pleine de ees surprises, et on ne peut se fier à personne sur lui-même. Arrière-petit-lils d'Antoine, auditeur en la chambre des comptes, petit-fds de Jacques, conseiller au Parlement de Bourgogne, lils enfin de Bénigne Bossuet, avocat au Parlement, et de Marguerite Mochet, fille elle-même de Claude Mochet, d'Azu, également avocat au dit Parlement, Bossuet appartenait donc à cette ancienne noble>-r de robe, chez qui le goût des lettres s'alliait assez habituellement aux pratiques d'une piété sincère, quoique toujours raisonnable et volontiers raisonneuse .

En dépit des apparences, el notamment du caractère autoritaire, 'despotique, et quelquefois même violent de son éloquence, le rôle de Bossuet, au xvne siècle, a été essentiellement un rôle de conciliation. Génie ami de la règle, de l'ordre et de l'unité, ce qu'il se proposa, ce fut, des ses débuts à Metz, et pour autant qu'il serait en lui.de terminer

les divisions des esprits, et de rétablir dans les intelligences l'unité, l'ordre et la règle. Ce qui peut servir à prouver la vérité de ce point de vue, c'est qu'aussitôt que l'on s'y place, tout aussitôt son (i uvre et sa vie s'éclairent d une lumière nouvelle.

Ses vivacités ou ses intempérances de langage, — qui d'ailleurs ne sont point comparables à celles de ses adversaires : Jurieu, dont la plume est naturellement outrageante, ou même Fénelon, dont les ironies polies et perfides sont souvent si piquantes, pour ne pas dire insultantes, — ses vivacités deviennent, comme les invectives passionnées de Pascal, un témoignage authentique de la sincérité, de l'ardeur, de l'entraînement de ses convictions. En même temps, celles de ses faiblesses et de ses hésitations qui déjà s'expliquaient par une certaine douceur de caractère, par une crainte et un chagrin excessifs de déplaire, s'expliquent encore mieux par la nécessité politique de donner pour obtenir, et de concéder pour qu'on lui cède. Car un évèque n'est pas un moine, et, ne vivant pas dans le cloître, il ne vit pas dans l'absolu. Si son rôle n'est pas de rien abandonner d'essentiel, il est de

Photo Aliuari.

Bossuet, par H. Higaud.

Musée du Louvre.

Page 1