‹ La BourgogneChapitre 35 sur 81 · A LE M S PI HO S · texte numérisé non relu

A LE M S PI HO S

Voyage à Beaune au XVUI siècle

L'air du pays me surprit ; il m'échappa deux ou trois choses qui avaient bien le goût du terroir. Comme c'est fête le dimanche à Beaune aussi bien qu'ici, je voulus entendre une messe et je demandai aux passants si on 1rs disait le matin. Un me répondit par un éclat. de lire qui me réveilla ; mais ce fut pour faire une autre chute plus lourde que la première. Ma mère, auprès de qui je me rendis, m'ayant dit que j'étais bien hàlé.. je répliquai »jù il avait fait un soleil de diable toute la nuit. Le second éclat de rire que cette bêtise m'attira me fit tenir sur mes gardes. Je reconnus que le génie abrutissant de Beaune m'avait déjà fait avaler de son air empoisonné. J'eus

1. Traduction : Noël. — Voisin, c'est fait. — Le.> trois messes sont dites; — Deux heures ont sonné; — Le boudin est cuit. — l'andouille est prête, allons déjeuner. — Si la loi judaïque — défend le lard comme hérétique, — ce n'est pas de même en chrétienté.— Mangeons du porc Irais; — Mangeons; nous aurons bruit (réputation) — d'ètrè meilleurs catholiques, — plus — nous serons friands de goret.

ANTHOLOGIE. VOYAGE A BEAUNE AU XVIIIe SIECLE

bientôt trouvé du Moly : je courus purger mon esprit au logis des Trois-Maures, où je trouvai les médecines si bonnes que j'en pris quinze ou vingt sans les rendre. Ainsi muni d'un long déjeuner, je fusa ma toilette el de Là à je ne sais quelle église; mais du moins

La porte neuve de Beaune au XVIII1 siècle, par Lallemaud.

Bibliothèque Nationale.

sais-je bien que la Providence avait pris de si bonnes mesures, que tel qui s'y trouva pour y lorgner fut obligé d'y prier Dieu.

Non pas qu'il y manquât de femmes, Tout en était rempli, depuis la porte au chœur;

Mais c'est qu'en vérité ces dames

Auraient effrayé Jean sans Peur.

Mes yeux, qui partout galopaient.

N'en rencontraient que d'effroyables; Et sans le bénitier, où leurs mains se trempaient,

J'aurais cru que c'étaient îles diables.

Je crois qu'elles lurent bien scandalisées de la dévotion d'une trentaine de jeunes gens qui les environnaient ; on ne les gratifia pas d'une distraction, et jamais Dieu n'eut, à des messes d'onze heures et demie, des cœurs moins partagés. N'allez pas tirer de là des conséquences contre toul le sexe de Beaune : la laideur n'v est pas gêné-

raie comme la 1 > è t i s * - . On trouve de la fleur et du son dans un sac de farine : mais, ma foi, je pense qu'on l'avail blutée et que le diable avait emporté la fleuret Dieu le son*..

Voyaye <■ Beaune.

COURTE PÉE

Dijon au XVIII siècle.

On compte à Dijon environ cent rues, quinze places et deux mille deux cents soixante-six maisons., savoir : dix-neufs cents soixante dans la Ville, soixante et quatorze au Fauxbourg d'Ouche, quatrevingt-sepl à celui de Saint-Pierre, cent-dix au Fauxbourg Saint-Nicolas, \ compris celui de la porte Bourbon, et vingt-neuf dans les Hameaux. La plupart des rues sont forl lames, et Ornées de beaux bâtiments ; le soin que l'on a de faire renouveller le pavé et de l'entretenir en bon état de pavés ïdèq uerre, fait regarder Dijon comme lune des Villes les mieux pavées du Royaume. Les principales rues et les plus belles sont celles de Gondé, qui esl régulièrement bâtie et alignée, de Saint-Etienne, du grand Potet. de Saint-Pierre, de Saint-Jean, de la Charbonnerie, de Saint-Nicolas, etc. Les places les plus vastes sont celles de Saint-Etienne, de Saint-Michel, de Saint-Jean, île la Charbonnerie, et principalement la Place Rovale qui mérite une description particulière.

La Place Royale, bâtie en 1686 en hémicycle dans le genre rustique, est ouverteen arcades, couronnées d'une balustrade, à l'exception de l'entrée de la rue Saint-Fiacre, dont on a retranché depuis quelques années les deux arcades, pour y substituer deux pilastres, surmontés de trophées. Cette place est ornée d'une belle Statue équestre de bronze, représentant Loris Le Grand, babillé à la Romaine sansétrier; cette Statue, élevée de plus de vingt-cinq pieds dehaut, compris le piédestal qu'on trouve trop massif, n'a été érigée qu'en 1725, quoiqu'il y eût plus de trente ans qu'elle eût été conduite de Paris à Auxerre. Pierre Morin. entrepreneur, né à Beaune, plus hardi ou plus adroit que les autres dont les tentatives avaient

ANTHOLOGIE, DIJON AI Wlll SIÈCLE l55

échoué, vini à bout de la conduire d'Auxerre à Dijon el de la mettre en place, sous l'élection ,1,- MM. François Madot, Évoque de Chalon, Roger de Langheac, Marquis ,1. Coligny, H Pierre Bretagne

Dijon .

La tour do Bar

Photo Neurdein.

Maire de Seurre. Le cheval, fondu en 1690, pèse trente-six milliers, et la Statue seize milliers; elle a coûté 52.000 livres; la façon de l'Ouvrier 30.000 livres; Pierre Morin -ut 13.000 livres pour l'amener d'Auxerre à Dijon, et 11.000 livres pour L'ériger en 1725- elle a coûté en (oui 108.000 livres ; on a employé pour le piédestal de

cette Statue douze cenl quatre-vingt-quatorze pieds <!<■ marbre blanc et gris pommelé, qui a coûté brut 32 livres le pied quarré rendu à Dijon, ee qui revient à 31.408 livres sans la façon, les fondations et les liens de cuivre dont chaque pierre est enliée de fond en comble. Sous le pied du cheval hors du montoir, sont gravés ces mots : Le Hongre me fecit . La balustrade de fer qui l'entoure et la garniture de marbre du piédestal ont été faites dans les derniers temps par Spingola. Marbrier, sur les dessins de Botfrand, célèbre ingénieur parisien mort en 1754, qui avait aussi donné les plans et 1rs dessins du Palais des Etats. Les inscriptions composées par M. de Roze sont trop longues pour être rapportées ici. Elles nous apprennent que tout l'ouvrage a été uni en 1747, sous l'élection de MM. Andoche Pernot, Abbé de Cîteaux, de Thyard, Marquis de Bissy, et de Jean-Baptiste Voisenet, Maire de Semur.

Le Logis du Roi, qui éloil le Château des Ducs où logent les Rois de France et les Gouverneurs de la Province, lorsqu'ils viennent à Dijon, a sa principale façade sur la Place Royale. C'est un vaste bâtiment, composé d'un grand corps de logis et de deux ailes, dont l'une n'est point achevée. Au levant de ce bâtiment, on voit encore une partie de l'ancien Palais des Ducs de Bourgogne du côté où sont l.i salle des Gardes et la gallerie, qui sert aujourd'hui à l'Ecole de Dessin, en attendant qu'on ait disposé ailleurs un logement plus commode pour cet établissement utile. La grande tour fut commencée par Philippe le Hardi, et continuée par son lils Jean, qui la fit prodigieusement exhausser dans le commencement de ses démêlés avec la Maison d'Orléans, pour découvrir le plat pays, et éviter les surprises des partis ennemis. On voit à la clef de la voûte de cette tour, le rabot que ce Prince mettoit au-dessous de ses armoiries, et qu'il portoit par-tout, depuis que le Duc d'Orléans avoit fait figurer un bâton noueux dans ses enseignes. Il est inutile de rappeler les suites de ces funestes démêlés, qui ébranlèrent la Monarchie jusques dans ses fondemens, et qui portèrent pour quelque temps la Couronne de France sur la tète d'un Roi d'Angleterre. La grande cour du Logis du Roi est un quarré long au-devant du bâtiment; elle est séparée de la Place Royale par une longue grille, au milieu de laquelle est la porte d'entrée. A gauche, on voit une autre porte

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d'ordre Toscan et d'une belle architecture. A droite, dans l'appartement du haut de la grande aile, est la salle d'assemblée des États Généraux, qui esl vaste, bien éclairée, disposée avec intelligence, el richement décorée: le sallon spacieux qui serl d'entrée, et donl les balcons donnent sur la place, est orné de deux Statues colossales, de la Justice el de la Vigilance. On v monte par un grand escalier de inarbre du pays, d'un fort beau poli : il a été construit sur les dessins de M. Gabriel, de même que la porte du Palais des États et le frontispice, qui sont très riches en sculpture, la façade de celle partie du bâtiment est ornée d'un péristile d'architecture d'ordre Toscan On admire dans la Chapelle de MM. les Elus, qui esl d'un très bon goût, une descente de Croix du fameux Jouvenel.

Le Palais du Parlement où se rend la Justice, est un grand bâtiment à l'antique. L'entrée est un porche, soutenu sur quatre colonnes, et élevé sur un perron de plusieurs marches. Charles IX y fit construire la grand'salle achevée sous Henri III, dont on voit la Statue au dehors. La salle des Audiences publiques est l'ouvrage du bon Roi Louis XII, qui la fit bâtir avec luxe: plafond, dorures et peintures, rien n'y est épargné. Le Palais de la Chambre des Comptes a un portail d'ordre corinthien, très proprement exécuté. Le Bureau des Finances, l'Hôtel de Ville, le Palais Épiscopal, l'Intendance, et un grand nombre d'Hôtels particuliers, concourent également à décorer la ville de Dijon ; mais son plus bel ornement sont les Eglises.

L'embellissement de Dijon commencé depuis environ un siècle, par ordre de Louis XIV, se continue presque sans interruption, par les soins d'une Magistrature vigilante : aussi peut-on assurer que cette Ville est une des plus agréables de toutes celles du second ordre, et qu'elle est en même temps une de celles où la bonne compagnie prédomine, et où l'on vit avec le plus d'agrément el de sûreté, à l'abri d'une Police exacte et toujours active.

En général, on voit, tant au dedans qu'au dehors de la Ville, plusieurs maisons bien bâties et ornées avec goût; mais rien n'égale la beauté des promenades publiques : les étrangers conviennent qu'il y a peu de Villes en France dont les dehors soient plus rians, et les promenades plus agréables et plus variées. Les remparts pré-

se*£fefri aux Citoyens l'avantage de respirer le frais à l'ombre des tilleuls qui forment Fë berceau; ils ont été [liantes par les soins de MM. Labotté el Baudinet, Maires. Le bastion de Guise, garni de grands arbres, plantés en forme d'étoile en 171(>, mérite d'être dis-

tingué : on v a consl rui

it'iuiis aueii

[Ues années un YYauxhall au

milieu de l'étoile. Le parapel de ce bastion et celui du rempart à hauteur d'appui, permettent à la vue de s'étendre dans la plaine, sur la rivière, I»- long de la côte, et même dans la Ville et sur les Fauxbourgs Celte belle promenade a trois cents cinquante toises de long, depuis la porte Saint-Pierre.

Le Cours Fleiîrv, planté depuis vingt ans le long du Suzon. attire beaucoup de monde par sa situation et ses agrémens; mais la plus belle pièce en ce genre est le Cours, commencé sous le gouvernement du Grand Gondé, et uni sous celui du Duc d'Enghien son iils; il est formé de trois allées d'arbres en ligne droite, depuis la porte Saint-Pierre au Parc, sur une étendue d'un grand quart de lieue. Ces allées sont interrompues au milieu par un rond spacieux, bordé par un double rang d'arbres: c'esl l'endroit que les troupes choisissent pour faire l'exercice. Quatre Anglois s'y disputèrent le prix de la course à cheval en 1769: celui qui le remporta ne mit pas trois minutes à parcourir tout cet espace.

II se termine à un grand Parc, dessiné pur le célèbre Lr Nôtre, et bien entretenu : il appartient au Prince de Condé, de même que la maison de la Golombière, qui est tenue en Fief.

On assure que la première fois que Louis XIV vit le Cours et le Parc en 1683, il en parut frappé et dit que c'étoit la plus belle plantation de son Ro\ aume.

h< - riji/inii historique et topographique du duché de Bourgogne

LIOS EL DE LA LA TREMIE

Rameau

Au physique, l'homme était très grand, très maigre, de silhouette coupante. «Je le voyais venir à l'aide de ma lorgnette, écrit Piron ;

ce n'étail plus qu'un long tuyau d'orgue m l'absence du souffleur. » Il « n'avail point <le ventre », «lit de son côté Mercier, il avait fe men- Iiiii aigu, « des llùlrs au lieu de jambes ». Même remarque chez Maret : « Rameau étail d'une taille forl au-dessus du médiocre, mais d'une maigreur singulière » : il « ressemblai!

plus à un fantôme qu'à un homme », observe Chabaiidii.

C'est bien là ce que confirme l'amusante caricature que Carmontelle a laissée du musicien. Perché sur <le longues éehasses, maigre et décharné, Rameau s'avance, penché en avant, avec les mains derrière le <los. « pour faire son aplomb ».

Les portraits de Restoul et de Caflieri lui donnent un visage dur, énergique, fermé et une grande ressemblance avec Voltaire, avec un Voltaire sérieux, tandis que l'impressionnante esquisse que La Tour a tracée de son commensal de chez La Popelinière dégage une note sarcastique, gouailleuse, et celte sorte d'air de famille sous lequel le peintre de Saint-Quentin aime à grouper les bourgeois lettrés et philosophes qui ont défilé devant lui.

Les musiciens célèbres, Hameau. Henri Laurens. édit.

Photo Neurdein.

Rameau, portrait attribué à Chardin.

Mus le Dijon.

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