VOLTAIRE
Le président Bouhier
Messieurs, ... Si feu ML. le présidenl Bouhier, après s'être ilatté de vous consacrer ses jours, tut obligé de les passer loin de vous, l'Académie ei lui se consolèrent, parce qu'il n'en cultivai! pas moins vos sciences dans la ville de Dijon, qui a produit tanl d'hommes de lettres, ei où le mérite de 1 espril semble être un des caractères des citoyens.
11 faisait ressouvenir la France de ces Lemps où les plus austères magistrats, consommés comme lui dans l'étude îles lois, se délassaient des fatigues de leur étal dans les travaux de la littérature. Que ceux qui méprisent ces travaux: aimable s, que ceux qui mettent je ne sais quelle misérable grandeur à se renfermer dans le cercle étroit de leurs emplois, sont à plaindre ! Ignorent-ils que Cicéron, après avoir rempli la première place du monde, plaidait encore les causes des citoyens, écrivait sur la nature des dieux, ci. nierait avec des philosophes; qu'il allait au théâtre, qu'il daignail cultiver l'amitié d'Ésopus et de Roscius. et laissait aux petits esprits leur constante gravité, qui n'esl que le masque de la médiocrité?
Mais le président Bouhier étail très savant : mais il ne ressemblait pas à ces savants insociables et inutile-, qui négligent 1 étude de leur propre langue pour savoir imparfaitement des langues anciennes : qui se croient en droit de mépriser leur siècle, parce qu'ils se flattent d'avoir quelque connaissance des siècles passés: qui se récrient sur un passage d'Eschyle, et n'ont jamais eu le plaisir de verser des larmes à no> spectacles. 11 traduisit le poème de Pétronesurla guerre civile; non qu'il pensât que cette déclamation, pleine de pensées fausses, approchât de la sage et élégante noblesse de Virgile: il savait que la satire de Pétrone, quoique semée de traits charmants, n'est que le caprice d'un jeune homme obscur qui n eut de frein ni dans ses mœurs ni dans son style Des hommes qui se sontdonnés pour des maîtres de goût et de volupté estiment tout dans Pétrone; et M. Bouhier, plus éclairé, n'estime pas même tout ce qu'il a tra-