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CA MILLE F LA MMARION

La source de la Seine.

J)n village de Saint-Seine, une bonne route carrossable nous conduit, en une heure, au sommet du plateau, vers cinq cents mètres 'I altitude, à la lisière d'un bois, où la voiture nous attendra pendant la promenade de près de deux heures que nous allons entreprendre. .Nous avons environ deux kilomètres à faire en pleins champs, le long d'un chemin creusé d'ornières, mais, heureusement, par un beau jour, car pendant les pluies le chemin tout embourbé de glaise glissante, devient impraticable. La dernière étape d'un demikilomètre se fait sous bois, en pente assez rapide, el nous arrivons au fond d'un joli petit vallon verdoyant el solitaire. Aucun murmure ni aucun coins d'eau ne révèle la source. Une plaque indicatrice montre l'entrée d'un enclos, où l'on aperçoit une grotte artificielle fermée par une grille dans laquelle se trouve une nymphe en pierre, à demi couchée, donl la main gauche s'appuyait, il y a quelques années encore, sur une urne d'où la source s'écoulait. La vasque d'un immense bassin entoure cette statue * .

...Qu'est devenue l'eau? Il me semble que. cette année, on devrai! trouver là un véritable lac. En cherchant bien, on finit par découvrir, i;a el la. de légers filets mouiilanl la prairie. .Mais l'élément liquide n'y est certainement pas plus abondanl que d'habitude. Nous sommes ici à l'altitude de quatre cenl soixante el onze mètres et à l'origine même du bassin de la Seine. A une vingtaine de mètres de la source desséchée el abandonnée, un petil ruisselel de soixante centimètres de large esl formé el serpente lé long de la vallée en dessinanl 'léjà les sinuosités si caractéristiques du fleuve parisien. La Seine peut être, en cet endroil primitif, traversée en une seule enjambée. Sa profondeur ne dépasse guère quatre ou cinq centimètres. Non ban de la. un petil bassin carré en pierre de taille fort ancienne nous montre une fontaine d eau cristalline qui pourrail bien être la

l. Ce monumenl a été élevé en LS67 par !a ville de Paris. Le dijonnais Jouffroy sculpta la statue.

ANTHOLOGIE. I. \ SOURCE l>E LA SEINE

véritable Source de l'époque romaine. Son débil paraît être d'environ un litre par seconde. A mesure que l'on descend dans la vallée, le petit ruisseau grossil lentemenl et graduellement par l'apporl de minuscules affluents...

En ce désert silencieux el solitaire, le contemplateur de la nature esl péniblemenl surpris de l'abandon de ce site historique auquel, d'ailleurs, comme nous l'avons dit, aucune roule ne conduit. Quand

Bauer.

Monument élevé à la source de la Seine.

on songe au rôle joué par la Seine dans l'avènement de Paris comme capitale du monde pendant tant de siècles et dans l'histoire de France tout entière, on s'étonne de se trouver ici plutôt dans un rêve de l'antiquité romaine que dans une réalité nationale française. 11 y avait ici un temple gallo-romain, un sanctuaire, des salles de réunion, des péristyles, des statues, — parmi lesquelles celle de la déesse Sequana offre une magnifique allure, -- un culte de Jupiter et de Juùon, et tout un ensemble d'idoles et d'ornements indiquanl une vénération longtemps continuée Les ex-voto si nombreux, recueillis dans les fouilles, nous montrent une mentalité exactement analogue à celle des fidèles de nos édises catholiques, cherchant

"dans la protection divine la réalisation de leurs vœux et de leurs espérances. De nombreuses monnaies romaines témoignent de la confiance des dévots de cette époque dans les divinités du paganisme, et, notamment, en la déesse Sequana. Un petit navire symbolique semble même faire remonter jusqu'à cette antiquité l'emblème béraldique de la ville de Paris.

N'est-il pas étrange que les riverains du Tibre aient accordé plus d'importance et plus d'attachement que les Français à la source de la Seine ?

Annales politique* et littéraires, 1910.

FERXAXD LAME

Le plateau.

Nappe mélancolique et grande Comme la nappe d'un désert, Comme la nappe d'une lande, Comme la nappe d'une mer.

Mer immobile, fauve et grise, Où dans l'air sec et parfumé, Dort ou se balance à la brise Quelque ilôt d'arbres, clairsemé ;

Désert, solitude pétrée,

Où rarement, par cinq ou six,

S'offrent à la vue altérée

Les faux palmiers d'une oasis ;

Lande sévère, nue et pâle, Où l'on voit, au loin, du berger, Sur fond d'azur, d'or ou d'opale La silhouette s'allonger,

Tandis qu'autour de lui fourmille, Sous la dent prompte des chiens-loups,

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