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ANTHOLOGIE. UN « RAPPORT » DANS LE CHATILLONNAÏS

Sa laineuse et lente famille Quêtant l'herbe entre les cailloux.

Toiles et bronzes. Éditions delà Revue dos Poètes. Librairie Jouve et •>. édit., 1912.

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Un « rapport » dans le Chàtillonnais1.

A droite et à gauche, de hautes futaies aux arbres élancés encadraient de leurs profonds massifs circulaires la prairie où se tenait le rapport. Sur l'herbe rase piétinait et s'agitait une foule bariolée rt bruyante. Des hommes buvaient, rangés sur les bancs d'un cabaret improvisé ; des femmes, aux bonnets d'étoffe violette bordés de dentelle noire, s'attroupaient autour d'une dizaine d'échoppes où l'on vendait «les chapelets, des médailles cl des è chaudes ; des enfants s'accrochaient à leurs jupes et jetaient des regards de convoitise sur les étalages de pain d'épice. Plus loin, deux joueurs de violon, perchés sur une estrade, faisaient sauter, au son de leur orchestre criard, la jeunesse des villages voisins. Là étaient vraiment la vie et le beau de la fête. Les filles, parées de leur plus jolie robe et de leur fichu le plus pimpant, eoitlées de bonnets de linge à rubans de couleur, dansaient avec des mouvements calmes, des airs sages et des yeux sournoisement baissés ; les garçons, le chapeau sur l'oreille, la blouse neuve négligemment ouverte laissant voir le gilet des dimanches, axaient le geste plus déluré, le port droit, la mine provocante. Après chaque figure, ils enlevaient leur danseuse à bras-le-corps, puis la reposaient à terre avec un cri joyeux. Il y avait quelque chose de sain dans ce rire plein et sonore... Parfois un couple se détachait de la danse et montait vers les bouquets de trembles où la source miraculeuse glissait en nappes claires sur îles gradins naturels et Unissait par se creuser un réservoir dans le tuffeau. La principale pro-

1. « Qu'est-ce que ce rapport? » vient de demander l'un des personnages du roman. On lui a. répondu : « Une fête patronale qui se célèbre en plein bois, pus d'une source plus ou moins miraculeuse. On y vient de fort loin, o

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priété «If cette eau calcaire cohsistail à pétrifier léntemenl les racines el les mousses sur lesquelles elle coulait; niais de cette vertu la jeunesse campagnarde se souciail médiocrement, el la croyance populaire lui en attribuait une autre plus merveilleuse : celle de prédire aux tilles si elles se marieraient promptement. La consultation de l'oracle se pratiquai! de la façon suivante : on jetait une épingle dans le réservoir; si elle coulait à fond en ligne droite, les épousailles devaient se faire dans l'année: niais si elle déviait, entraînée par le courant, adieu la noce, et la jeune fille risquait fort de coiffer

sainte < latherine.

Ray monde.

Eu^. Fasquelle, édit.

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