ACTE
DELÂTOOft.
Qa^en sais- tu?
LÉON
Mai quand, seul, d'angoisses consumé.
Gardant, pour mieux souffrir, l*espérance irritante,* Je dévorais chez moi les heures de Tattente,
. Songo que mon rival, clioz lo père invité, Était reçu par elle, et par cUe écoulé; Et qui sait ce que peut s\ir une jeune fille LMmpudence d'un fat qui galamment babille.
Et doit tout son esprit au jargon des salons, Que nous ignorons, nous, dans nos rudes vallons.
— 0 Dieul que j'ai souffert I
delatour.
Mais elle est trop sensée Pour qu'à de tels appâts elle soit amorcée.
LéoN.
Je le croyais; mais rien, lettre ni messager. Depuis tantôt trois mois , ne vient m' encourager. Je rôde vainement au pied de la terrasse, Ce paradis perdu, d'où son ordre me^basse; Vainement je regarde aux vitres du château ; * Jamais un doigt ami n'cntr" ouvre le rideau.
— Ahl elle m'abandonne ; et déjà, chose atroce I On parle Jiautement de la prochaine noce.
DELATOITA.
Bah! de faux bruits.
G^est là, maintenant je le vois,
Ce que me présageaient des adieux aussi froids. Le bon sens parlait seul; l'amour faisait silence.
Poinl de ces mots brûlants que la passion lance I
DELATOUR
Je vois tout autrement. Je ne me fîrais pas
A ces grands sentitnents qui foiit tant de fracas.
Elle en a dit ai^sez, et plus serait étrange;
De réserve et d*athour c*est iih touchant itiëlângc,
Et j'ai foi, pour ma part, aux résolutions
Qui ne s'épuisent pas en protestations.
En amour commééu guerrè, où, danslesmoments gravés
Ceux qui parleht té plus ne sont ^ lès plus brâves.
LEON, qui l'a k peine écouté*
Non , je ne puis attendre, en ce pressant dâliger*
DBtATOirn.
Que feras- tut
Ce&i fait.
dbIatour.
Quoi?
LÉON
Je vins à songer
Que j avais à Paris un ami de colicge
Lui tendant la nain.
Qui voudrait me servir, s'il pouvait. — Me trompé-je?
DELATOUR, lui serrant 1% znain.
Non, certes.
LÉON
J'ai vendu ma terre aux plus offrants ,
Touché par ce moyen soixante mille francs,
Tirant »on portefeuille.
Et je t'apporte ici mon unique ressource,
Pour quintupler ia somme ou la perdre à la Bourse.