SCÈNE PREMIÈRE
LEON, ALIUED, ESTELLE, a&sue sur une causeuso.
ALFRED
Bravo I cher. Vous allez rondement, à la Bourse. Avec les gens d'esprit on a de la ressource , Et je. prétends, sous peu, tous fonner tout à Êiit. -—Estelle m'aidera.
ESTELLE, k Uon.
Mais , si cela vous platt.
JUéon t'iBftTInt ftiidtiDwit i
ALFRED, à Uoa.
Son érudition dépasse tout éloge ;
Tous verrez. — Et d'abord, il faudra qu^on vous loge.
ESTELLE, se lerant et regardant tout autour <relltf.
Dieu! comment peut -on vivre en un hôtel garni I
ALFRED
Écoutez ses conseils, pour meubler votre nid,
Cher; elle s'y connaît; cent fois elle a dû prendre Des meubles, que cent fois Thuissier a dû revendre.
ESTELLE
Oui, j'eus quelques malheurs. La Bourse a dévoré
Tous les amis en qui j'ai le plus espéré ;
Aussi, pour éviter des coups de cette espèce,
J^en prends un à la hausse, et prends Taiitre à la baisse.
40 LA BOURSC.
ALFRED, 9lmft.
Bon!
B8TBLLB.
J*ai besoin d*avoîr des gens' gais sous les yeux ,
Et l'un des deux ainsi sera toujours joyeux.
Elle Ta s'asseoir aupvèa d'uBA toblSy et joue arec ua
ooupe<i^ier et un lirre.
ALF&ED, à Léon.
Allez diez mon tailleur; ayez une voilure ; Achetez des chevaux qui soient de race pure ;
Nommez voire juinenl miss Storm ou miss Thunder; Parlez du sport, du turf, en gentleman -rider; " Donnez de bons soupers; causez de toute chose, D*un air iW>id, dédaigneux, la bouche à moitié close; Tournez en ironie et les grands sentiments, Et ces stupidités qu'on nomme dévoûments; Point de convictions : rien n'est plus ridicule , Mon bon; Tenthousiasme est d*un esprit crédule. Rien n*est bien, rien n*est mal, pour qui sait réfiéchir; Il ne faut de l'ardeur qu'à vite s'enrichir.
N'étudiez jamais; la journée est trop pleine Pour employer une heure à quelque étude vaine; Vous seriez plus savant, nmis mal coiffé parfois^ Et pourriez oublier de vous montrer au bois; De l'aplomb, de la morgue; et ma foi , je veux n'être Qtt*un sot, si dans un mois l'on vous peut reconnaître. Vous serez, en tout point, gentilhomme accompli... Sauf en un seul; vraiment, c*est un étrange oubli; C'est là l essentiel.
LÉON
* Quoi donc?
alfubd.
Soyez des nôtres ,
AGTB II. il
Ce soir; venez souper avec Estelle et d autres; Nous aurons Maria; si vous yous entendes ^ Rien ne manquera plus aux titres demandés.
LEON, TiTementé
Non , non y je n'irai point.
ALFRED
Holàl quelle rosière!
ESTBLLB.
Monsieur aime chez lui quelque belle meunière ;
Sous l'orme, ils ont juré de s'aimer constamment, Et Tastre de la nuit a reçu leur serment.
C'est un sujet, Madame, oili le rire m'outrage; Et vous m'obligerez de changer de. langage.
Ohl je ne rirai plus; d'un ton respectueux...
LÉON
Ni rire, ni respect. Le silence vaut n^eux.
B8TSI*l*By à pert.
Quel ours!
ALFAED.
Homme des diampsl montrez-vous moins ferouche. Nous n'insisterons pas sur un point qui vous touche;
Mais vous avez grand tort de vous gendarmer tant ; Cela n'eût point rompu l'hymerr qui vous attend. On va de la maîtresse à la riche héritière.
Ohl la dot I mais chez nous on n'en feit pas litière; Nous ne ressemblons pas aux fous du temps jadis , Qu'emportait le plaisir, en jeunes étourdis; Non , non. Dans nos excès, notre humeur positive Caresse d'une dot l'utile perspective ;
Nous allons à Torgie, oui, mais sans passions, Et mêlons la dâmiiche aux spéculations.
ESTELLE, 80 leT&nt.
Les galantes foçonsl Cette aimable jeunesse
Donne aux femmes le temps que la Bourse lui laisse;
Telles sont les ardeurs dont ils sont enflammés;
^ Et puis ils se plaindront de n'être pas aimés!
De quel front osez- vous, cœurs glacés que vous êtes,
Nous rq)rocher les mœurs que vous nous avez faites!
Pourquoi flétrissez -vous, d*un ton dédamateur,
La fille corrompue, et non le corrupteur?
Et cependant , quel est le plus digne de blâme ,
Du riche libertin qui marchande une. femme,
Ou de celle qui, riche, eût chastement vécu.
Et, pauvre, cède à l'or par qui tout est vaincu.
Vous enj^ouffrez chez nous, dit-on, votre fortune;
Ohi Ton peut sur co point être sans crainte aucune :
Yous n'êtes pas enclins aux prodigalités;
CeBi en agiotant que vous vous endettez ,
Et, hasardant des fonds qui ne sont pas les vôtres,
Quand vous vous ruinez , vous ruinez les autres.
ALFRED, à Lha,
Elles, de temps en temps, un peu d^humeur; il faut Laisser passer l'orage ; il s'apaise bientôt. C'est votre faute, aussi 1 Votre amour bucolique  tourné son esprit vers le mélancolique.
Eitalle M ruriod «ur U ouiMttie»
— Nous souperons sans vous; je vous mène demain Chez mon auguste tante , au faubourg Saint- Germain ; Je vous veux présenter ; non pas, sur ma parole, Qtt^on s*amuse chez nous d^une meanière folle; C'est peu gai; je m*ennuie à périr, quant à moi ;