‹ La Bourse, comédie en cinq actes, en verseChapitre 68 sur 97 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

Avec cent mille francs j'apaisais votre père... Je craignais les éclats de son juste courroux... C'est pour lui, pour lui seul, Camille...

CAMILLE

Ahl taisez-vous î Ne cherchez point d'excuse à la parole enfreinte; Sachant quelle j'étais , vous n'aviez nulle crainte. Eussiez -vous perdu plus, j'avais tout pardonné; Cela vous suffisait. Mon père aurait tonné; Puis j'aurais endormi sa colère moins forte, Et lui -môme, gaîment, vous eût rouvert sa porte. Non, ne vous flattez point d'exciter la pitié; N'accusez pas le sort qui vous a châtié; Ce n'est pas à mes yeux, dont la vue est plus haute, Que l'événement fait l'innocence ou la faute; Le crime est tout entier dans le manque de foi. Un million gagné n'absoudrait rien pour moi ; Et plût à Dieu, Monsieur, la perte étant doublée, Que la foi des serments ne fût pas violée I N'attribuez donc pas , indigne de pardon , Au coup qui vous ruine un trop juste abandon. La pauvreté, Monsieur, m'a-t-elle retenue.

Lorsque, vous croyant pauvre, ici je suis venue. Sans que nulle fierté m'arrêtât en chemin , Me proposer à vous et vous offrir ma main ?

En pleurant.

Ah ! je ne croyais pas , quand j'en eus la pensée , Que ma visite ainsi serait récompensée , Et j'avais espéré , pour notre beau roman ' Commencé sous l'ombrage, un meilleur dénoûment.

Reprenant sa fermeté.

— Adieu ,^ Monsieur; adieu ; c'est pour la vie entière. Vous l'avez dû prévoir.

LÉON, accablé.

Mon Dieu !

CAMILLE

Venez, mon père.

M. BERNARD

Qu'il est pâlel — vraiment, il me touchait un peu. SCÈNE VIII.

LEON, seul. — Après quelques minutes d'accablement, il relère la tête, et se parlant f A)idement.

C'est complet : j'ai perdu mon patrimoine au jeu ; Je dois dix mille francs , que je ne puis pas rendre ; Une fille adorable , un cœur sublime et tendre, Que j'aimais , qui m'aimait et se donnait à moi , Me chasse, justement, pour mon manque de foi ; Je ne puis plus traîner que des jours déplorables , Que des regrets amers rendraient intolérables, Quand je comparerais, de si haut descendu, Le malheur actuel et le bonheur perdu ;

— C'est l'heure d'abréger une longue souffrance, Et d'éteindre une vie où manque l'espérance.

Il Ta chercber sa boîte à pistolets. -^ Il l'ourre, et pose sur la table un pistolet, qu'il regarde quelque temps en silence.

Un grain de poudre, — un doigt posé sur un ressort,

— Un peu de flamme, un peu de bruit... et l'on s'endort.

— Allons! finissons-en I

Au moment où il Ta prendre le pistolet, entre Heynotd.

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