‹ La bourse et la vie [microforme]Chapitre 10 sur 153 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

professions libérales? Fatale erreur! Ne faut-il pas une belle intelligence, un jugement sûr, une science considérable et variée pour devenir un agriculteur capable ? Ce n’est pas tant le capital d'argent que le capital d’esprit qui est nécessaire pour en arriver là, tandis qu’une intelligence ordinaire peut vendre du coton et de l’indienne, livrer de la melasse, peser des groceries, recevoir ou échanger des billets de banque, et enfin même s'acquitter honorablement des devoirs généraux de toute position sociale. On disait, autrefois, chez le peuple-roi, que le plus bel éloge que l’on pouvait faire d’un homme, était de lui donner la qualification de bon cultivateur. Un grand orateur et philosophe recommandant l’agriculture à son fils lui disait : « De tout ce qui peut être entrepris ou recherché, rien au monde n'est meilleur, plus utile, plus doux, plus digne d’un homme libre que l'agriculture ». Que tous en demeurent bien persuadés, la terre cultivée par des mains habiles et guidées par la science, est le plus fidèle des dépositaires, le plus scrupuleux des débiteurs. Elle est à la fois la plus abondante des mines et le plus solide de tous les biens. C’est pour cela que l’économie rurale est la base de la richesse des États et des particuliers.

Il est temps de vous rassurer maintenant, chers lecteurs, sur la nature de l'ouvrage qui vous est adressé. Lisez bien le titre, vous comprendrez de suite que je ne viens pas vous dévaliser, mais vous offrir une petite fortune, moyennant travail, écono-

mie, surveillance: travail modéré, sage économie,

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surveillance active :- en d’autres termes, je vous offre LA BOURSE ET LA VIE, si toutefois vous en voulez. — Mais certainement nous en voulons, direz-vor:s ; qui va refuser cela? Plus de gens que vous ne pensez refusent les deux, mais puisque vous acceptez mon offre, veuillez me suivre sans délai ; le temps pour un homme de cœur, c'est de l'argent.

J'ai un petit voyage-excursion à vous faire faire, c'est dans le cours et l'exécution de cette entreprise que je vous montrerai où sont la BOURSE ET LA VIE. Je partirai avec vous de Joliette qui est la ville du grand Nord que nous cherchons à coloniser. Nous jetterons un coup d'œil, en passant, sur cette jolie petite ville, aux rues larges et régulières, qui vient de naître pour ainsi dire, à l'avenir k plus brillant, puis nous entrerons dans les montagnes.

Joliette

La ville de Joliette est bâtie sur les bords de la rivière de L'Assomption à 25 milles à peu près de son embouchure. Cette rivière la sépare en deux parties bien distinctes. D’un côté, la gare du chemin de fer du Nord et ses grandes dépendances, un moulin à scie, les grandes carrières de pierre de-taille et de pierre à chaux, la manufacture de papier, la briqueterie, le chemin de fer de St-Félix et de St-Gabriel, et un triangle isocèle de constructions régulières où habite environ le tiers de la population. De l’autre, une seconde scierie, un moulin à farine, un moulin à

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