CHAPITRE I
enfants. Ce n’est pas seulement une méprise, une erreur ordinaire, mais c’est un grand malheur que tant de jeunes gens voient d’un œil défavorable les gains prétendus si lents de l’agriculture, et qu'ils ne voient dans la vie agricole qu’une vie de soumission et d'avilissement. Ils remarquent la rapidité avec laquelle, souvent, les commerçants, les marchands, les hommes de profession paraissent s'enrichir ; ils les voient généralement dans une situation apparente d’aise et de confort qui leur fait envie, ils limitent leurs observations aux quelques heureux qui réussissent, et ne font pas attention à ceux qui, en bien plus grand nombre, végètent, languissent ou tombent complètement. Et cependant ‘qu’arrive-t-il? quelle est la vérité sur ce sujet? Indépendamment de l’inquiétude, de l'ambition désappointée, d'un rapide épuisement, ainsi que des cuisants regrets et des chétives récompenses d’une carrière publique, on devrait savoir que rien n’est moins encourageant que ces situations éphémères qui n’assurent que fort rarement un bel avenir. De mille marchands qui tenaient, il y a quelques années, des comptes considérables dans l’une des principales banques de Boston, :il n’en est que six qui sont morts riches. Un rapport du commissaire de l'Agriculture pour 1862 publie à la face des Etats-Unis qu'à New-York le nombre en est encore plus petit. Et cependant ce sont les centres commerciaux les plus renommés du monde.
Le cultivateur, lui, s'il n'est pas aussi immensément riche que ces rares échappés du naufrage, s’il
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n’augmente pas dans des proportions aussi rapides, est toujours sûr d’un revenu passable et parfaitement indépendant, s'il le veut. Il a une maison, un établissemeñt qu'il a préparés suivant ses goûts, un champ qui est à lui. Il n'a pas à s’abaisser, à ramper, à fondre de crainte en présence d'un créancier ; son maïitre, c'est Dieu; ses-faveurs, il ne les attend point des hommes, il tient dans sa maïn la clef de tous les trésors, il est libre, il vit en paix, l’avenir de sa famille est assuré. O noble vie que celle du cultivateur ! Placé au milieu des merveilles toujours renouvelées de la nature, il observe d'un œil scrutateur ses admirables développements et l’infinie variété dé ses formes. S'il fait attention aux nuages, s’il surveille les saisons, c’est pour unir, dans le bon temps, son travail à celui de la nature; s’il respire l'air frais et pur de l'atmosphère, s’il se nourrit du pain de son industrie, s’il boit l’eau claire de la fontaine, c’est pour remercier l'Auteur de tous ces dons. Nouveau Moïse, nouvel Enoch, littéralement « il marche avec Dieu. » Oh ! qu’on a tort dans une infinité de familles canadiennes-françaises de se déclasser comme on le fait ! On prive d’une belle vie nombre d'enfants que l'on pousse dans des professions libérales ou autres carrières publiques sans savoir ce qu’on leur réserve. N'arrive-t-il pas souvent que parmi leurs enfants, les cultivateurs choisissent ceux qui ont le moins de talents, pour leur succéder dans la culture de la terre, et que ceux qui ont le plus de capacité ou qui paraissent davantage, sont désignés pour le comptoir ou les
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