‹ La bourse et la vie [microforme]Chapitre 102 sur 153 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Un mauvais cultivateur de l'endroit avait, par une culture épuisante, inconsidérée, ruiné sa terre. Un voisin plus capable et plus connaisseur l’achète pour la somme de dix mille francs. Illa cultive, la pacage, l’engraisse successivement, mais sans dépenses extraordinaires. Six années s’écoulent. On lui demande sa terre ; on veut l’acheter. Il la revend vingtdeux mille francs. — « Tant vaut l’homme, tant vaut la terre. »— Souvent on n'abandonne une terre que pérce qu'on ne sait pas la cultiver, et on ne sait pas la cultiver parce qu'on n'étudie point l’agriculture. Elle en vaut cependant la peine ; car c’est en agriculture surtout que l'instruction est mère de fortune. Une autre preuve en passant.

Celui qui a étudié tant soit peu la science agricole, sait, par exemple, que l’immoniaque est la nourriture propre du blé, et que plus il y aura d’ammoniaque dans le sol, plus celui-ci sera apte à produire une bonne récolte de cette importante céréale. En conséquence, celui qui voudra nourrir son blé avec des engrais verts y perdra son temps et son travail. Il faut que l’engrais puisse céder sa puissance nutritive pendant la germination de la semence. Il y a deux ans, un homme de haute réputation agricole achevait une série d'expériences fort démonstratives. De 1860 à 1880, il ensemença régulièrement trois arpents de terre en blé. Il prit cette terre toute neuve et, dès la première année, 1l divisa ce morceau en trois parties égales d’un arpent chacune. Le premier arpent fut toujours ensemencé sans engrais, le se-

cond avec divers engrais minéraux, tels que phosphates, sels de potasse, de soude, de magnésie, cendres, etc, le troisième avec riche engrais ammoniacal, c'est-à-dire bon fumier, soigné et bien conservé. Inutile d'ajouter que la culture de ces trois arpents fut toujours faite avec les plus grandes précautions. Dans l’espace des vingt années susdites, le premier champ après avoir rendu d’abord seize et quatorze minots descendit à la fin à cinq minots. Le second champ rendit généralement dix-huit minots. Enfin le troisième, dès la première année, rendit trente-quatre minots et trois quarts, et une année entre autres, il donna cinquante-cinq minots. De plus, ce dernier champ avait ordinairement huit jours d’avance sur les autres. « Tant vaut l’homme, tant vaut la terre. » Que le colon l’apprenne au moins par ces faits.

D'un autre côté, la Providence ayant établi des lois pour la reproduction des plantes, des moissons et de tout ce qui péut contribuer, matériellement parlant, à l'existence de l’homme, la connaissance de ces lois associe de plus près encore l'intelligence humaine à celle qui a fait le monde. Cette connaissance agrandit la sphère des idées, elle stimule, elle exalte les efforts de l’étude et de l’observation. Elle dit ce qu’un grain de blé reçoit de l’atmosphère, du soieil et de la pluie en même temps que ce qu'il tire

‘< la terre. Elle énumère les substances qui com- . ent le sol et détermine les plus sûrs produits qu’il |

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