CHAPITRE XII
de cette vallée, ainsi que la qualité de son sol. Un mois s'écoule pour nous dans cette occupation et M. Léandre Brassard, pour un, emporte au retour, dans ses rêves, l’image de la vallée de Mantawa, avec la belle chute de sa rivière, avec ses sites pittoresques, ses puissantes forêts, ses grandes plaines, ses prairies naturelles, ses pointes fertiles, etc, etc, etc.
Tourmenté par l'idée qu'il y avait là des germes féconds de grandeur et de richesse à développer, il partit dans le mois de janvier suivant, 1863, précédé par un machiniste et quelques ouvriers qui devaient préparer les matériaux nécessaires à la construction d’un moulin au pied de la chute Roberval. Une épouvantable tempête de neige le force à s’arrêter à St-Gabriel. Ses hommes et ses voitures de charge avaient cependant pris de l'avant: ils sont bloqués sur le versant nord des montagnes. Impossible, de toute impossibilité, de se rendre à Mantawa. On représente à M. Brassard le danger qu’il y a pour lui de rester et même de périr en chemin s'il part. Qu'importe, dit-il, allons toujours, marchons au devant de ces braves gens, ouvrons le plus long de chefnin que nous pourrons: peut-être arriveronsnous avant qu’ils soient épuisés.
Après quatre jours de marches et de travaux incessants, M. Brassard entend des cris de détresse au delà d’un lac au bord duquel il arrive. C'étaient les ouvriers. Il était temps, ces malheureux étaient à bout de force, l’un d’eux était dans le délire, il ne
disait qu’une chose : « Laissez-moi, laissez-moi aller
mourir chez mon ami. » On ne les sauve qu'avec beaucoup de difficultés, et grâce à la prévoyance et à l'énergie de M. Brassard. On revient à Joliette reprendre des forces et de nouvelles provisions.
Quelques jours plus tard on retrouve M. Brassard sur les bords glacés de la Mantawa poursuivant son projet chéri avec l’aide de quelques hommes seulement. Ils construisent à la hâte un petit chantier. Malgré toute diligence, ils ne peuvent dans la journée qu'élever les quatre pans et ne faire que la moitié de la couverture. Il fit ce jour-là un froid des plus intenses. Toute la nuit suivante les hommes furent obligés de travailler activement pour ne pas geler debout. M. Brassard succombant à la fatigue s'enveloppe dans son capôt de fourrures, rabat les oreilles de son casque et prenant son chien dans ses bras, il réussit à fermer l’œil, grâce à la chaleur que lui communique cette bonne bête. Il dort, mais le froid l’éveille bientôt, il dort encore, mais plein d’inquiétude ; la.crainte de l’engourdissement par le froid, avec la mort pour conséquence, l’éveille de nouveau, ce n'est plus un sommeil, c'est une lutte entre l’énergie des forces vitales et la nature accablée quisdemande merci. Pour un homme dans ji: force de l’âge ces misères sont extraordinaires, r:1:5 pour un vieillard de soixante ans elles sont à peine croyables. Et ce vieillard n’était pas un homme accoutumé à de telles privations et à de telles fatigues. Il vivait heureux et entouré de l'amour des fidèles dans sa paroisse de St-Paul. 3
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