CHAPITRE XI
dès le début, mais M. Brassard est resté l’inspirateur et le gérant de toute cette œuvre dont voici du reste une courte et bien pâle analyse.
Ce fut le re" septembre 1862, que les deux Messieurs Brassard et moi entreprîimes l'exploration de cette région de la Mantawa qui correspond aux comtés de Montcalm, de Joliette et de Berthier, et dont cette partie forme quelque chose comme l'arrière-plan d'un vaste district au delà des Laurentides. Dès le jour précédent, j'avais adressé à l’un de mes amis, alors journaliste à Montréal, M. A. N. Montpetit, une lettre explicative faisant connaître le dessein que nous avions en vue, « Mon cher ami, lui disais-je, je t'écris ces quelques mots bien rapidement à la veille de notre départ pour l’excursion projetée depuis longtemps vers le Nord. Tu sais que nous avons l’idée de fonder une colonie quelque part par là si lés choses s’y prêtent tant soit peu. Le pieux Enée n’est pas parti pour l'Italie avec des intentions plus pures ou plus solides que celles qui nous animent en faveur de notre peuple. Les deux Messieurs Brassard, dont le désintéressement égale le courage et qui font en partie les frais de cette expédition, sont arrivés hier dans mon humble village aux détonations du mousquet. Nos collines ont répété ce souhait de bienvenue, et il ne sera pas tard demain quand leurs échos rediront notre adieu. Demain, tout est préparé pour cela, nous laisserons les dernières habitations derrière nous et nous nous lancerons hardiment dans la forêt. Nous remonte-
rons la rivière de L'Assomption jusqu'au Grand Lac où elle prend sa source. De là tournant droit au nord en courant sur le soixante-quatorzième de longitude, nous irons couper quelque part la grande rivière Mantawa. Nous camperons sur ses rives en réparant nos forces, et nous chanterons, s’il se peut, les vieux airs de la patrie que des compatriotes, plus tard, viendront sans doute continuer après nous. Car j'ai la ferme conviction qu’un courant de colonisation, dirigé vers ces terres, qu’on dit être de belles plaines, réussira merveilleusement. Cependant nous n’engaerons personne à s'y rendre et à s’y établir si nous ne trouvons là des terrains de choix; et pour être encore moins exposés au danger de nous tromper, nous emmenons avec nous des hommes d’une expérience reconnue et d’une science pratique en fait d'agriculture. Comme terme moyen de la durée de notre excursion, nous prenons un mois; nous partons huit hommes à cause des canots et des provisions, mais il y en a deux qui ne nous accompagneront que jusqu’à la moitié du chemin, nous poursuivrons six seulement jusqu’au but du voyage..: » Ainsi nous remontâmes la rivière de L’Assomption jusqu’à sa source. Plus loin lorsque nous fûmes arrivés à la hauteur des terres, nous suivimes les cours d’eau qui gagnent le nord; ce ne fut que le troisième jour que nous pûmes apercevoir la vallée de Mantawa. Ayant finalement atteint la rivière de ce nom, nous la descendîimes jusqu’au lac des Pins, tout en sondant à droite et à gauche les profondeurs
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