‹ La bourse et la vie [microforme]Chapitre 110 sur 153 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

des grains ensemencés. Nouveau genre d'épreuves fondant inopinément sur une colonie cominencée déjà sous de bien tristes auspices. Le 8 septembre, je passais au mont Roberval en route pour l’exploration des sources de la Mantawa et des terres adjacentes. Le fonctionnement des deux moulins, le défrichement de plusieurs lots, la construction de certains édifices, tout donnait une nouvelle vie à cette solitude. Le moulin à scie livra dans le cours de ja saison 4511 morceaux de bois. Plusieurs colons étaient venus se choisir des lots et faire quelques ouvrages préliminaires, mais la population fixée à la fin de l’année n’était encore que de sept familles, dont dix-huit communiants ; total quarante trois âmes.

Le printemps de 1865 fut long et pluvieux. Le temps ne devint favorable aux semences que le 14 de mai. On se hâta de faire les travaux des champs ; la saison d’été fut remarquablement propre au développement rapide de la moisson, et la récolte fut abondante. Je fis cette année-là l'exploration des profondeurs, par la route des rivières du Milieu et du lac Clair. En passant au mont Roberval, je vis que M. Brassard avait presque complété son établissement ; la grande maison et la chapelle y atterante étaient en partie terminées ; le tout formait une magnifique construction de cent trois pieds de longueur.

A cette époque il n’y avait encore que onze familles résidentes sur les lieux. Dans le mois de janvier suivant, c’est-à-dire en 1866, M. Brassard m'expri-

mait sa surprise et son inquiétude de ne pas voir

plus de colons à Mantawa. Il comprenait bien que le mauvais état du chemin et une longueur de douze lieues dans les montagnes sans établissements où l'on pouvait loger, étaient des causes certaines de découragement chez un grand nombre de personnes. « Vous devriez faire, me dit-il alors, et pour la centième fois peut-être, mais avec plus d'instance que jamais, vous devriez faire un établissement dans le Bois Franc, vous abrégeriez la distance de trois lieues, vous donneriez un nouvel élan à l’œuvre de la colonisation et vous rend'iez le plus important comme le plus nécessaire Ge ivus les services. » — Depuis longtemps je songeais à cette œuvre qui avait bien toutes mes sympatihnts, liais j'avais toujours été jusqu’à cette époque privé des moyens indispensables pour arriver à ce but. Enfin dans le cours du mois de mars de l’année dont je parle, 1866, je me décidai à tenter cet établissement dans le dessein de contribuer, en effet, à la colonisation plus rapide de ces terres, et de rendre plus utile aussi le dévouement de M. Brassard. J'envoyai en conséquence tout le bagage et toutes les provisions nécessaires, et je me proposai de commencer ces ouvrages à la fonte des neiges. Le 10 avril, je quittais ma paroisse pour aller présider aux travaux ; j'avais huit hommes avec moi. Nous élevâmes à la hâte un petit chantier de dixhuit pieds carrés où nous nous logeâmes d’abord fort à l’étroit pendant quelque temps. Ce chantier fut ensuite un peu amélioré, quelque peu agrandi, de manière qu'il pût me servir de résidence jusqu’au

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