‹ La bourse et la vie [microforme]Chapitre 118 sur 153 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

deviendra pour lui tout un monument. Et si l'histoire, souvent trop ingrate envers ceux qui ont fait le bien, vient à oublier son nom, ce monument granitique parlera éternellement de ses œuvres aux générations futures. Cette immortelle inscription de la générosité, du zèle et des sacrifices de ce vénérable vieillard, homme de bien et de mérite s’il en fut, publiera glorieusement, avec les Livres sacrés, une partie de la récompense qui écheoit si légitimement sur la terre à la mémoire du juste. Æ7 nomen sempiternum dabo ei quod non peribit.

La population s'étant accrue considérablement à St-Zénon dans les années 1871 et 1872, il devint nécessaire d’affecter à la desserte de la mission une maison plus considérable que celle qui y avait d’abord été érigée. Déjà une cloche du poids de deux cents livres, donnée par M. Joseph Allard de Mascouché, avait été transportée sur les lieux pour servir à la future église. Alors je construisis une habitocion nouvelle à mon établissement et dans un endroit plus convenable aux exigences de la ferme ; puis au mois d'août 1873, je convertis en chapelle une maison de cinquante pieds de longueur sur vingt-deux de largeur. Nous pûmes y faire les divisions ordinaires, nef, sanctuaire, sacristie. Autels, bancs, balustrade, vestiaire, tout fut préparé dans l’espace de huit jours. Monseigneur Fabre, alors évêque de Gratianopolis et coadjuteur de Monseigneur Bourget, dans sa visite pastorale du 5 octobre 1873, bénit cette nouvelle chapelle de St-Zénon, y érigea le chemin de la croix

et y confirma cinq personnes. C'était la première fois que Mantawa avait l'honneur de recevoir un évêque.

C’est toujours pour les fidèles un moment solennel, une circonstance émouvante que de voir arriver au milieu d’eux leur premier Pasteur où son représentant. Mais pour les pionniers d'une nouvelle colonie, c’est un jour d'indicibles jouissances. Un compatriote puissant, un ami véritabe, un homme généreux, dévoué qui vient les voir et les encourager, c'est la moitié de leur vie par la joie qu'il cause, la satisfaction qu'il procure, le courage qu'il donne et répand partout. Que sera-ce maintenant quand ce compatriote, cet ami, cet homme de cœur, sera un prince de la cité’de Dieu sur la terre, un évêque, un protecteur, un père enfin dans toute la force du mot! Ah! ce sera un jour de bonheur pour tous, la foule se pressera de toutes parts, les chapelles seront trop petites, l’on usera d’un saint respect, mais l’on violera bien des règles du cérémonial de visite pour approcher de la personne vénérée du premier Pasteur. L'Evêque! voilà l’'Evêque ! on s’empressera, on se groupera autour de lui pour recueillir un premier salut, une première bénédiction. I] vient au nom du Seigneur distribuer des grâces et des consolations à tout un peuple: Benedictus qui venit in nomine Dormini. — C'est bien ce qui arriva à Mantawa dans la visite pastorale du 5 octobre 1873. Cette imposante cérémonie fut l’occasion d’une manisfestation solenneile et touchante de foi et de piété chrétiennes. Comme il dût être consolant pour le cœur

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