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CHAPITRE XII

janvier au maître-général des postes. Après plusieurs correspondances ‘avec le département des postes à Ottawa, cette demande fut enfin prise en considération, puis accordée dans le cours du mois de mai. Le 20 juin suivant, je reçus instruction d'aller installer officiellement les bureaux de poste aux endroits mentionnés dans la requête : Ste-Emméliede-l’Energie, St-Zénon et St-Michel-des-Saints. J’arrêtai de suite un engagement avec un courrier de S:- Jean-de-Matha qui s'engageait à transporter la malle une fois par semaine au poste le plus éloigné, moyennant une somme qu’à mon retour l'inspecteur des postes s'empressa de ratifier. Le courrier commença ses voyages réguliers le 1° août suivant. Ce fut tout un événement pour la place, car faute de telles communications, la position de ces braves gens devenait évidemment pénible ; cette amélioration était hautement requise.

M. Brassard dans le même temps termine ses travaux au moulin, au manoir, à ses dépendances, sur ses terres et partout. Ce généreux fondateur de la colonie a mis là tout son avoir, seize mille piastres. Telle était sa dépense générale à la fin de l'année 1870. Mais aussi, il faut dire que cent arpents de terre étaient dans un état parfait de culture, que rien ne manquait à l'établissement sous quelque rapport qu'on pût le considérer ou l’examiner. Huit ans se sont écoulés avant qu'il ait pu dire: « Maintenant l'établissement de Mantawa se suffit»; parole qui s’est vérifiée dans toute sa teneur. Depuis

cette époque jusqu’à ce jour il s’est grandement suffi en effet, grâce au persévérant travail et à l’active surveillance de celui aux soins duquel M. Brassard a confié les dernières années de sa vie. Sous les attentions délicates de M. Alexandre Ménard et de sa bonne épouse, il vit heureux dans sa solitude bien-aimée, au milieu de colons qui le regardent comme un père, qui le bénis nt comme un bienfaiteur. Aucun désir ambitieux ne séduit son âme, et dans cette sphère où la divine Providence l’a placé dans sa vieillesse, il ignore combien il inspire encore de zèle et de courage. Quand il sort de son manoir et qu’il va se promener sur la terrasse qui aboutit à son jardin, on le voit de loin ; s’il se fait attendre, longtemps on le cherche des yeux, on se permet une question, l'inquiétude va prendre ; mais aussitôt qu’il paraît en face de sa chapelle de Bonsecours, au coin de son jardin, sur le sentier qu’il a tant de fois battu et rebattu de ses pas et démarches, de suite on se tranquiliise, on se rassure, on a comme plus de courage et l'on se dit avec satisfaction: « Ah! le père est encore bien aujourd’hui, Dieu merci. » M. Brassard est toujours un protecteur visible pour les habitants de Mantawa, ils savent qu'il ne les abandonnera pas. Là dans cette solitude est son cœur, là est son âme toute entière, là aussi un jour sera sa dépouille inortelle selon les intentions qu’il en a maintes fois exprimées lui-même. Vivant, il aimait ses chers colons, mort, il leur léguera ses os ; sa tombe reposera au ‘ailieu d'eux, sur ce mont Roberval, qui

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