‹ La bourse et la vie [microforme]Chapitre 38 sur 153 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

paroisse de St-Zénon, si je ne parlais maintenant de quelques autres points remarquables de cette localité. Le côté nord-est du lac St-Louis, à quelque distance de ses rives, s'élève jusqu’à la hauteur d’une montagne, il est vrai, mais l'ascension de cette hauteur est douce, sa pente allongée donne un accès facile au plateau qui la couronne, et du haut de cette élévation, la vue s'étend à cinq milles en profondeur sur une surface parfaitement plane. Toutes sortes de gros bois croîssent en ces lieux. On y remarque des cèdres dont la circonférence mesurée de plusieurs d’entr'eux dépasse dix et douze pieds. La forêt n’est pas dense, on y circule librement de tous côtés, en plusieurs endroits même on y pourrait passer avec une voiture ; c’est ce qui explique la grosseur et la longueur du bois qui couvre ce terrain. Le sol est de première qualité et il n’est pas rocheux. Il est bien certain que si ce terrain se fût trouvé sur le chemin, il y a longtemps qu'il aurait été défriché : il est à proximité, mais on ne le voit pas. Que de belles terres restent incultes, tandis que des lots moins avantageux sont occupés, et cela parce que le regard ne porte pas immédiatement sur eux quand on suit la

| route habituelle. J'ai vu, j'ai rencontré fréquemment,

j'ai suivi des chercheurs de lots qui, voulant se placer

avantageusement sur de belles propriétés, disaient-

ile, n’ont jamais voulu dévier néanmoins de la ligne

centrale dans leurs prétendues recherches. Une ligne

de passage tracée quelquefois à tout hasard, très-

rapidement, et dans un tout autre but que celui de

faire apprécier les terres, ne donne pas toujours satisfaction par le coup d'œil qu’elle présente ; quand on n’a pas sur la route ce que l'on cherche, il faut s'éloigner à droite et à gauche, voir ici, aller là, se donner quelque peine enfin. Une terre, un beau lot, un pouvoir d’eau ne viendront pas à nous d’eux-mêmes. La plus commune des inconséquences est de ne pas prendre les moyens de trouver ce que l’on cherche à acquérir. Mais si l’on veut trouver, il y a certitude absolue que l’on réussira, on n’a qu’à s'en donner la peine. Ainsi à dix arpents du chemin, quand on a tourné le fond du lac et qu'on a repris à droite le niveau général du terrain qui se déploie devant nous, une mer de verdure s'étend à perte de vue. Dans sa gloire sauvage et solitaire, elle est d’une ravissante beauté. La nature est vraiment prodigue en ces lieux ; la forêt, la vallée, le cours d’eau, le sol sont beaux comme s'ils venaient de sortir des mains du Créateur. Ici point de chaos, point d’abime, aucune confusion ; à peine quelques petits ravins de côté et d'autre au fond desquels se faufile un filet d’eau à demi-caché dans des arbustes odoriférants. Vraiment un bon écrivain, un poète pourraient rêver cette scène et composer ensuite un magnifique tableau. Un colonisateur, lui, vient s'asseoir au pied de ces grands arbres, il gémit sur la solitude et l’abandon dans lesquels 1l les trouve, puis il finit par se demander à la fin : ces richesses territoriales ne seront-elles pas exploitées un jour, les moissons n’ondoyeront-elles jamais sur ces champs fertiles, d’heu-

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