CHAPITRE IV
de terre sur lequel nous le voyons aujourd'hui. Ce lot, disons-nous, est à l'embouchure de la rivière Sauvage dans la grande baie du Kaïakamak. Nous y étions débarqués le 12 septembre 1862, dans la première exploration que nous fimes de ces ‘erres, nous l’avions trouvé de qualité supérieure comme une infinité d’autres d’ailleurs qui lui sont contigus ou qui l’avoisinent sur la rivière en la remontant par le côté ouest. Une volonté bien ferme, une prévoyance mesurée sur de sages réflexions, une économie bien réglée ont présidé aux travaux de notre colon. Et voilà qu'aujourd'hui il est récompensé largement des quelques sacrifices qu'il a su faire en temps et lieu, récompensé même au delà de toute espérance. Trois mots le disent et le prouvent. Sa propriété vaut deux mille piastres, son troupeau d'animaux et son matériel roulant en valent très-certainement un mille; ajoutons à cela mille piastres qu’il a de prêtées. Vingt-quatre mille francs nets gagnés dans l’espace d'une dizaine d'années par ce colon, à Mantawa, sur un bon lot, il est vrai, mais sans coup de chance extraordinaire. Vingt-quatre mille francs gagnés dans ce laps de temps, répétons-le, au milieu de ses compatriotes, à l'ombre de son clocher, près de l’école, et, disons-le aussi bien haut. à vingt lieues de Joliette, quel succès ! Ah, je demande à qui veut m'’entendre si ce n’est pas là vraiment la Bourse et la Vie, la bourse et la vie après lesquelles courent tant de personnes et que l’on s’obstine à ne pas aller chercher dans ces lieux ? Et je le demande aussi, qui fera mieux
n'importe où dans des circonstances ordinaires ? Donnons immédiatement la réponse qui n’est malheureusement que trop vraie : pas un ne fera mieux, dix mille n’y arriveront pas, parce qu’ils ne veulent point s’en donner la peine.
Et combien de citations de ce genre n'aurais-je pas à faire, si je ne craïgnais pas de fatiguer le lecteur ou de surcharger cet ouvrage. Je me contente d’en faire deux ou trois par localité, elles sont bonnes, très-concluantes, il est vrai, mais ilne faudrait pas croire que ces quelques citations soient des cas isolés ou les seuls dans lesquels nous puissions corstater un succès marquant. Prenez tous les habitants de cette grande ligne qui commence à un mille au sud du lac St-Louis et qui se poursuit sans interruption jusqu’au Kaïakamak, distant de deux lieues ; qu’on les interroge discrètement sur leur position antérieure, qu'on examine leur avoir actuel, que l’on mette en compte les accidents, les revers dus aux années perdues, aux voyages ruineux, aux dettes contractées de l’ancien temps, et on verra s’il était rationnel, après quelques années seulement passées sur ces terres nouvelles, de compter après tout sur une position meilleure que celle qu'ils se sont faite en un si court délai. Tous ces habitants sont autant de preuves vivantes et frappantes que la terre de la Aantavaisie n’est ingrate pour personne et qu’elle procurera toujours la plus solide situation possible à ceux qui sauront la cultiver avec quelque talent.
Je ne ferais qu’une description incomplète de la
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