CHAPITRE VI
Le lac Kaiïikamak et ses terres. — Etablissement de F.-X. Gougé. — La rivière Mantawa. — St-Michel-des-Saints. — Histoire et succès de quelques colons. — Chute et mont Roberval. — Etablissement
de M. Brassard. — M. Alex. Ménard, ses propriétés, sa position, etc.
L'endroit bien remarquable où le chemin de Mantawa coupe la rivière Sauvage, disons mieux le Darro, est aujourd’hui complètement découvert, les défrichements s'étendent au loin de tous côtés, et l'œil embrasse un vaste panorama tout à fait digne d’attention. De la berge même de la rivière que nous venons de traverser l’on aperçoit devant nous les habitations de la rive gauche du lac Kaïakamak qui se succèdent à intervalles réguliers. Il était bien difficile autrefois de franchir cet espace qui nous sépare encore de la rivière Mantawa. D'inextricables embarras obstruaient le passage à tout instant, et dans ces premières années l’on n'avait d'autre ressource que le canot d'écorce. Aujourd’hui une bonne et large route est ouverte à toute espèce de voitures et l’on y circule avec assez d'avantage. La frontière des terres est sur le lac même, tous ces lots sont pris et cultivés, les habitants rendent un bon témoignage
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de la qualité du sol qui, en effet, semble très-fertile. La terre est grasse et mélangée d'argile, ce qu’il est aisé de constater surtout à l’époque des pluies. Souvent dans ces temps-là plus d’un s’est assis ex abrupto, ou a exécuté des pantomimes dignes de remarque. La chose nous était arrivée à nous-mêmes, M. Brassard et moi, lorsque, dans la première exploration que nous fimes de ces terres, nous allâmes, après une journée de pluie battante, planter notre tente sur les rives du lac. Ces petits accidents, avouons-le, nous avaient porté à redoubler d'attention dans l’examen de ce sol que nous trouvâmes être alors ce que tout le monde reconnaît qu’il est aujourd’hui après expérience, c’est-à-dire gras, riche et par conséquent fertile.
Nous voici en face du Kaïakamak, vaste parallélogramme dont les grands côtés mesurent à peu près trois milles et les petits environ quarante arpents. Sa rive de l’est se compose d'une longue montagne surmontée de trois pitons dénudés, presque chauves et complètement détachés les uns des autres. Quelques touffes d’une ancienne chevelure se hérissent encore par-ci, par-là, tant sur la montagne elle-même que sur ces crêtes isolées. Ces vieux débris, qui ont résisté à la fureur de toutes les tempêtes, sont donc les glorieux trophées d'une victoire longuement disputée sur les éléments. Au sud, est une grande baie de mêmes dimen.ions que le lac, terrain bas et un peu humide où croît en abondance le foin bleu. Ce fourrage, fait dans le bon temps et en saison conve-
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