‹ La bourse et la vie [microforme]Chapitre 5 sur 153 · IT · texte numérisé non relu

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Les siècles anciens comme les temps modernes

ont fourni leur contingent de grands hommes, qui ont donné l’exemple d’un travail agricole intelligent et soutenu, tant pour leur avantage personnel et matériel, que pour savourer les joies pures d’une vie calme et champêtre. Recueillons en passant quelques faits de l’histoire profane et religieuse qui feront cette preuve pour tous les âges du monde, Quelle sublimité dans la prière d'Abraham offerte en plein champ au milieu de ses nombreux troupeaux ! Quelles magnifiques actions de grâces Isaac rend à

Dieu pour les moissons abondantes recueillies sur le .

sol fertile qu'il habite ! Job, Elisée, David, Osias, entre autres personnages bibliques que l’on peut citer avec avantage, ont illustré l’agriculture de leurs connaissances et de leurs travaux personnels. Qu’étaient Noé, Loth, Moïse, Gédéon, Saïül, sinon des agriculteurs et des bergers? Les livres saints sont remplis de paroles élogieuses tant à l'adresse des hommes versés dans l’art agricole qu’à l'adresse de cet art lui-même. Les paroles suivantes sont consignées dans le chapitre septième de l’Ecclésiastique : « Ne fuyez pas les ouvrages laborieux ni le travail de la campagne qui a été créé par le Très-Haut. »

Sous d’autres cieux et en d’autres terres, Confucius reçoit les honneurs de l’apothéose parce qu’il rend de grands services à l’agriculture de son pays, Pour la même raison, Osiris, Bacchus, Cérès, Triptolème, Saturne, Janus, Numa sont mis au rang des dieux en Egypte, en Grèce et en Italie; comme témoignage vivant de reconnaissance, on leur élève des autels.

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Le vieux roi Laërte était à creuser la terre. et à faire ses plantations, quand Ulysse alla se jeter à ses pieds pour s'en faire reconnaître. Un autre roi grec du nom d’Augias, enseigna à ses peuples la manière d'appliquer utilement les engrais à la terre ; il en nourrissait lui-même son domaine privé.

Un roi de Perse, Cyrus, distribuait de sa propre nain des récompenses aux cultivateurs industricux de son royaume. Il avait coutume de leur dire: « Mes amis, j'ai le même titre que vous aux honneurs et à la reconnaissance du public. Je vous accorde ce que je crois mériter moi-même, ayant fait, avec diligence et succès, les mêmes expériences, les mêmes travaux que vous. »

Combien l’agriculture n'était-elle pas en vénération chez les Romains ! Leurs premières enseignes portaient l'emblème de cet art respectable. Dans les premiers siècles de Rome, les plus grands horames se livraient à l’agriculture. Cincinnatus, Attilius, Curius Dentatus étaient occupés à labourer leurs champs lorsqu'on vint leur offrir le commandement des armées ainsi que le consulat. Les Fabius, les Pison, les Lentulus se faisaient gloire de porter le nom des plantes légumineuses dont leurs ancêtres avaient introduit la culture.

Caton le Censeur, à dix-sept ans, se distingua contre Annibal; plus tard il s’éleva à tous les honneurs de la république, pourtant vers la fin de sa longue vie, on le trouve occupé à l'agriculture. Il écrivit même sur

ce sujet un ouvrage recommandable qui lui valut le titre de meilleur cultivateur de son siècle, Régulus demande au sénat romain la permission d'aller sur sa terre faire les travaux, que les occupations politiques auxquelles il a été appelé, l'ont forcé de suspendre.

Terentius Varron, mort à 88 ans, fut un grand guerrier sur 1èrre et sur mer, il eut les honneurs du consulat. C'était un grammairien, un philosophe, un historien, un astronome. Il écrivit environ cinq cents volumes sur différents sujets. Un de ses bons ouvrages, le seul qui ait été conservé, est un traité Eur l’agriculture. Retiré enfin dans son domaine d'Italie, sa science et son expérience furent mises à contribution au profit d’une ferme modèle qu'il exploitait avec soin. Virgile, à la cour d'Auguste, fit un compendium estimé d'agriculture qui lui coûta sept ans de travail. Il avait cultivé lui-même sa terre des rives du Mincio jusqu’à l’âge de trente ans. Horace trouvait ses plus chères délices dans la culture de sa ferme. Cicéron, Hortensius, Pline, Columelle, Palladius et une foule d’autres hommes remarquables ont honoré l’agriculture de leurs travaux manuels ou de leurs écrits.

Au moyen-âge, Charlemagne encouragea beaucoup l’agriculture. ]l a laissé dans ses Capitulaires des dispositions particulières à cet effet, Il cultiva la |

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vigne et planta des vergers sur plusieurs points de son empire. Au rapport de l'abbé Suger, les terres de l’abbaye de St-Des donnaient plus du double des revenus ordinaires sous les soins intelligents des membres du clergé, S. Thomas Becket, devehu archevêque de Cantorbéry, avait pour habitude de sortir avec les religieux des monastères qu'il visitait, de se rendre avec eux dans leurs champs et de les aider de ses propres mains à récolter leurs grains et leur foin; exemple honorable de la haute estime dans laquelle on tenait l’agriculture dans les premières classes de la société. Dans sa vie de l'abbé de ‘ieremouth, le vénérable Bède nous dit que cet abbé était un homme robuste, fort, d’une grande humilité, d'une vertu à toute épreuve. Il assistait régulièrement ses administrés dans leurs travaux champêtres. Il tenait lui-même les mancherons de la charrue. Il vannait son grain ét confectionnait de sa propre main, dans une boutique de forge, les instruments nécessaires à l’agriculture.

L'Eglise catholique s'est occupée de protéger et d'encourager tous ceux qui étaient concernés dans les travaux de l’agriculture. Le vingt-sixième canon du concile général de Latran, tenu en 1179, en est une preuve, Ce canon décrète que, «tout prêtre, clerc, moine, pélerin, paysan, engagés dans les travaux de la terre, soit qu'ils labourent leurs champs ou qu’ils y déposent la semence, jouiront d’une parfaite sécurité, et que tous ceux qui les molesteront ou les interrompront dans leur travail, seront d'abord

avertis, puis excommuniés, s'ils ne se rendent pas au dit avertissement, » k

Par les établissements religieux de ses moines dans presque tous les pays de l’Europe, l'Eglise contribua/puissamment à la conservation et au développement de la science agricole. On sauva de la destruciion générale dans ces monastères respectés des barbares, tout ce qui survivait de l’antiquité, sous le rapport des lettres, des sciences et des arts. En transcrivant les ouvrages précieux des temps précédents sur l’agriculture, on sut mettre à profit les informations que ces livres contenaient, et en même temps qu'ils enrichissaient leurs bibliothèques, les moines amélioraient leurs possessions territoriales. Une certaine quantité de terre, don de puissants guerriers ou de riches seigneurs, était entre les mains du clergé. Celui-ci faisait valoir ces propriétés suivant les systèmes les mieux connus dont il était le seul dépositaire. Plusieurs de ses membres étaient des hommes d'invention et de génie, qui conduisirent, avec habileté et succès, les travaux et les progrès de l’agriculture. Ils s’occupaient également de toute espèce d'industrie relative à cet art important.

Des travaux considérables d'irrigation sont pratiqués, en Italie, par les religieux de Chiaravalle, au point que toute l'Europe est surprise de ces étonnantes améliorations. L'Empereur Frédéric I les consulte, puis en fait venir quelques-uns pour diriger certains travaux hydrauliques dont il veut faire bénéficier le peuple de ses Etats.

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Le Pape Sixte-Quint prêche à ses sujets l’importance de se livrer à l’agriculture comme moyen sûr de rencontrer leurs obligations. Orgueilleux, nonchalants et pauvres, ils ne remplissaient qu’à demi leurs devoirs civils. En peu de temps, sur un sol aussi fertile, ils deviennent industrieux, et des années d’abondance leur arrivent. La régularité de leur travail agricole, basé sur de solides connaissances qu’on met à eur portée, les récompense largement des quelques peines qu’ils s'imposent. Une nouvelle ère, une ère de prospérité leur sourit, l’aisance et le bienêtre deviennent leur partage, ils sont contents, ils sont heureux.

On conserve encore dans l'arsenal C2 Dresde, les instruments d'agriculture dont se servait Auguste IT, électeur de Saxe, pour cultiver ses terres et entretenir ses jardins.

Il suffit de mentionner les noms d'Henri IV et de son célèbre ministre Sully, pour rappeler les immenses travaux industriels et les grandes améliorations agricoles dont la France fut le théâtre pendant le règne de ce grand roi. L’impulsion donnée en haut lieu et savamment dirigée fit abonder sur le sol français les grains, les légumes, la laine, les fruits et généralement tous les produits de la terre.

Partout, on le voit, à la fin du seizième siècle l’agriculture était en honneur. Crescenzio en Iialie,

Olivier de Serres en France, Herbach en Allemagne, Herrera en Espagne, Fitz Herbert en Angleterre, publièrent à cette époque différents traités d’agriculture qui produisirent d'excellents résultats. Une longue série d'observations et d’expériences avait formé des matériaux importants pour l'étude de cette science ; aussi se propagea-t-elle rapidement et continua-t-elle d’être un objet d'attention spéciale de la part des têtes couronnées, des savants et de tous les peuples.

Le roi d'Angleterre George III n’aimait aucun de ses titres autant que celui de cultivateur, au point qu’il se faisait appeler de ses sujets d' om de € FARMER GEORGE ». Il cultivait en effet l’une des plus belles fermes modèles d'Angleterre, et collaborait aux Annales d'Agriculture d'Arthur Young sous le nom de Ralph Robinson, fermier de Windsor.

Edmund Burke, grand orateur et illustre homme d'Etat, était aussi, dans toute l’acception du mot, un véritable cultivateur. Théoriquement et pratiquement il sut pendant vingt-sept ans honorer l'agriculture de ses travaux manuels autant que de ses écrits.

Le fondateur et le père de la république américaine, avec tout l’honneur attaché à son nom comme président de l’Union et général de ses armées, n’est pas moins admiré de ses compatriotes, quand il retourne à sa belle ferme de Mount Vernon, pour leur donner l'exemple de l’agriculteur instruit qui sait fidèlement servir sa patrie aussi bien que ses propres

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Parmi les hommes de talent et de célébrité qui ont illustré la carrière agricole dans ce pays, nous pouvons encore citer les noms de Jefferson, Buel, Clay, Webster, Jackson, Calhoun, Lathrop, Smith, Pratt, Johnson. Cette liste, nous pourrions l'augmenter d’un grand nombre de contemporains, hommes influents, hommes éminents, qui honorent la vie de la campagne en faisant leurs délices de ses occupations.

Enfin si nous jetons les yeux sur notre petite colonie, nous verrons, depuis deux cent soixante-quinze ans, nos premiers hommes, non-seulement s’intéresser aux progrès de l’agriculture, mais aussi payer de leur personne dans l’œuvre importante du défrichement des terres. Champlain, Maisonneuve, Boucher, Talon, Nicolas Juchereau, Aubert de la Chesnaye, de Chambly, de Varennes, de Sorel, Legardeur, Leber, Dugué de Bois-Brilliant, Robert de la Salle, de Lamotte Saint-Paul, Vincent de Hautmesnil, et quelle nomenclature pourrai-je ici continuer

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d'hommes haut placés, d'officiers de mérite qui ont fait de l'agriculture leur œuvre de prédilection. Quand on parcourt les annales de notre pays, et qu’on voit une poignée de rejetons illustres de la vieille France, se conserver ici en dépit des efforts de l'ennemi et des haines calculées d’une race rivale, on est toujours frappé d’admiration et d'étonnement, Quoique dispersés sur une longue chaîne d'années et passant tour à tour par les terribles épreuves de l’oubli, de la guerre et des persécutions, nos pères ne fléchirent pas sous le vent des orages, ils demeurèrent attachés au sol comme s'ils eussent pris racine ; c’est ce qui fut leur salut, et c’est ce qui nous a amenés nous-mêmes à des jours dont nous nous faisons gloire.

Aujourd’hui l’agriculture est en honneur dans notre pays ct nous avons lieu d'espérer de plus grands succès encore. Notre code de lois renferme des dispositions très-favorables à la culture des terres anciennes, ainsi qu’à la colonisation des terres nouvelles. Un bureau spécial est organisé pour favoriser l’une et l’autre. Un ministre responsable préside au fonctionnement de ces lois. Un conseil d’Agriculture chercae à répandre les connaissances les plus utiles à l'avancement de cet art. Des agents du gouvernement ont fait des lectures pratiques sur ce sujet. Des écoles publiques sont ouvertes à tous les jeunes gens indistinctement. Enfin tout nous fait voir la sollicitude générale dont on entoure aujourd’hui cette question vitale.

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Le fait est que pour un art aussi compliqué que celui de l'agriculture et qui exige, pour avoir un succès complet, l’union de la science avec un esprit judicieux, de la théorie avec l’observation la plus éclairée, les puissances intellectuelles d’un peuple aussi bien que ses forces physiques doivent être largement mises à contribution. Une grande prévoyance, une pensée juste, une action prompte, sont de rigoureuse nécessité chez ceux qui s'adonnent à cet art d'une manière immédiate. Qu’un jeune homme déploie sur sa terre la même énergie, le même zèle, que d’autres appliquent à des affaires hasardeuses, il réussira. S'il ne recueille pas aussi abondamment, ni aussi vite que ceux qui sont engagés dans le commerce ou dans quelque autre profession

libérale, il ne subira pas, du moins, de revers qui le mèneront, d'un seul coup, aux portes de la ruine. S'il a des falcultés mentales ordinaires qu’il sache mettre à profit, s’il a de plus une bonne santé, il possède des éléments de prospérité qui lui permettront de défier, avec assurance et pendant longtemps, toute mauvaise fortune.

Partout on cherche avec avidité les biens de la nature. Les richesses sont le but de grandes fatigues, d'innombrables travaux. On veut entasser or sur argent dans l'espoir de se procurer toutes les aisances et les commodités d’une vie heureuse. On s’évertue à trouver les moyens de s'enrichir. Ne sait-on point qu’il n’y a aucune part de banque, de manufacture ou de chemin de fer qui assure et paie à la longue

de meilleurs dividendes que les parts de la charrue ? L'agriculture basée sur un bon système, dirigée avec une sage économie, poursuivie avec habileté, procure à l’homme autant de richesses qu'il en peut légitimement désirer pour un usage raisonnable, Elle rémunère en moyenne plus que les autres branches de travail, suffisamment, dans tous les cas, pour rendre le laboureur capable de vivre confortablement, de bien élever sa famille, de pourvoir à son avenir et de répondre, en outre, aux devoirs de la charité chrétienne.

Et que demanderions-nous de plus à l’agriculture ? Y a-t-il en ce monde pour l’homme, quelque riche qu'il soit, un état de paix et de repos complets ? Mettons dans l’un des plateaux d’une balance toutes les richesses imaginables, une fortune de millionnaire, si nous le voulons, et dans l’autre la certitude comparative des profits du cultivateur, son exemption des revers et des malheurs subits qui affectent trèssouvent les forces physiques et parfois les facultés mentales de l’homme, ajoutons-y l'absence des noirs soucis et des anxiétés dévorantes d’un Crésus absorbé dans ses calculs; évidemment, comme bien-être et pure jouissance de la vie, la balance penchera en faveur des occupations champêtres. L'industrie agricole, en effet, développe des ressources et procure des richesses d'autant plus réelles et plus durables qu’elles ont la nature même pour garant. Et si parfois quelques circonstances peuvent les diminuer ou les amoindrir, il n’y en aura jamais d'assez fâcheu-

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J'ai cru devoir présenter ces quelques considérations comme encouragement aux jeunes gens qui ont besoin de coloniser. La dignité de l'emploi auquel ils sont appelés dans l’agriculture, leur fera connaitre le bel avenir qu’ils peuvent se créer. Une position indépendante, une occupation rémunératrice, des succès certains, seront le résultat précieux des sacrifices passagers qu'ils devront faire ; et j'ai lieu de croire qu’en pesant bien ces vérités, ils comprendront que mieux vaut se livrer au travail honorable de la charrue, de la hache et de la bêche, que de revêtir un petit surtout de drap, un éphémère chapeau de castor et faire le Zandy dans les rues d’un village ou dans les faubourgs d’une cité. Je parle ici des jeunes gens qui se déclassent, comme on en voit malheuréusement un trop grand nombre dans toutes les directions. A chacun sa profession, ses occupations et sa manière de vivre en rapport avec ses aptitudes et sa vocation. Tout emploi honnête est agréable à Dieu. Et si chacun travaille bien dans sa sphère naturelle, l'honneur et le respect se perpétueront dans la société.

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Les humbles pages des chapitres qui vont suivre ont pour but principal de faire connaître la vallée de Mantawa, ainsi qu'une partie des territoires qui lui sont contigus. Elles feront connaître aussi les essais de colonisation qui y sont commencés, les travaux que l'on y poursuit avec courage, et les espérances qu’on peut légitimement entretenir sur l'avenir de ces fertiles domaines.

En présence du mouvement qui se fait dans presque toutes les localités de cette province, et en particulier, je dirais, dans notre district de Joliette, il semble que ce livre ne sera pas sans quelque utilité. Tous les jours nous rencontrons des cultivateurs, des jeunes gens, des hommes de métier, différentes personnes enfin, qui cherchent un avenir meilleur que celui qu'ils ont en perspective dans leur position particulière. De minces ressources, de faibles capitaux, pour ne pas dire moins encore, les empêchent de jeter la vue au loin, ils ne savent pour ainsi dire où donner de la tête. Eh bien, je veux leur montrer que malgré l’exiguité de leurs moyens, ils ont à leurs portes une vraie chance de se faire une position respectable, pourvu qu'ils déploient, à cet effet, un peu

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de courage et de bonne volonté. Je demande pour condition essentielle qu’ils aiment le travail et qu’ils s'y adonnent véritablement. Un paresseux est un défalcataire dans le gouvernement de la Providence ; la nature n’a point de respect pour lui. En peu de temps elle lui fait son procès, elle le juge et le condamne infailliblement à la misère.

Il n’en est pas ainsi d’un homme laborieux qui fait son ouvrage dans le bon temps et donne à son champ des soins assidus. I1 sait que les gerbes d’une abondante récolte ne remplissent ses greniers qu’en proportion de son travail. Quelque fertile que soit la terre, elle ne produit pas d’elle-même les choses nécessaires à la vie. Il faut qu’elle soit arrosée de sueurs ; mais ces sueurs sont la monnaie du confort, et d'une existence vraiment heureuse, Voyez cet homme qui vient de travailler toute la journée, quelle vigueur il a dans ses membres, de quelle florissante santé il jouit dans tout son corps! Puis la voix ineffable de la conscience qui lui dit: «tu as fait ton devoir, Dieu est content de toi, tu as amélioré ta position, » elle vaut bien des trésors, elle est déjà une récompense. On le verra bien revenir de son champ un peu accablé des fatigues du jour, mais tout est riant dans son esprit et dans son cœur, comme le firmament tout pourpré des rayons d’un beau soleil couchant, comme l'air rafraîchi par la suave brise du soir qui vient sécher ses sueurs, comme ses champs couverts de moissons et dont les épis se balançant avec un léger bruit charment ses oreilles,

comme les oiseaux qui chantent pour lui leurs plus douces modulations. Dans sa maison quelle joie pure et douce l'attend ! Il semble que le bon Dieu, pour le consoler de ses fatigues, lui envoie ses petits enfants qui l’embrassent, lui prodiguent leurs caresses et l’'égayent par leur naïf babil; pendant ce temps la bonne épouse a apporté un blanc vaisseau de lait, elle l’a poudré du produit de l’érable. Oh! comme il est heureux de tous ces soins ! il jouit, et les fatigues du jour, elles se sont enfuies, il n’a plus que le sentiment de sa jouissance. Tels sont les bienfaits du travail chez ie bon cultivateur, chez l’homme honnête et laborieux qui met de l’ordre dans tout ce qui le concerne ou l’environne.

Telle sera aussi un jour la joie du colon défricheur dont le courage et la persévérance auront tressé pour le déclin de sa vie la couronne d’une position indépendante.

Et ici, je tiens beaucoup à faire remarquer au cultivateur et au colon qu’il n’est pas nécessaire d’avoir des capitaux pour se créer ün heureux avenir. Il n’en est pas de l’agriculture comme de l'industrie. Les lois qui régissent ces deux arts contrastent singulièrement. Dans les arts industriels, la grandeur des profits résulte de l’augmentation du capital ; de nouveaux capitaux, en effet, permettent d'améliorer ou d'augmenter les machines et procurent un usage plus rapide et plus économique de tous les matériaux bruts. Alors, avec le concours actif de tous les agents nécessaires, avec un marché fourni à deman-

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de, une prompte rémunération sera la conséquence certaine de l'engagement dans une manufacture d’un puissant capital, lequel augmentera dans la proportion du travail accompli,

En agriculture c’est le contraire. Un grand capital ne donne pas toujours, ni souvent, un gain proportionnel, à moins qu’une méthode sage et savante c'est-à-dire fort rare, ne vienne y suppléer. Ceci est facile à constater par la comparaison des produits d'une petite ferme ou d'un jardin avec ceux d’une grande terre. Les profits ont une tendence à la baisse quand il y a un grand déploiement de force et d'argent. Un arpent de terre peut facilement rapporter cent piastres, mais cent arpents ne rapporteront pas dix mille piastres. Convenons donc que l’agriculteur, le colon, n'ont pas besoin de grands capitaux pour préparer un arpent de terre, et que même ils peuvent commencer n’en ayant pas du tout ; qu'il leur suffise d'avoir de la nourriture pour nettoyer sur leurs lots quelques arpents; l’ordre dans le travail et la méthode dans la culture suppléeront chez eux au manque d'argent.

L'ordre, la méthode, la concentration du travail, voilà le vrai capital du colon, un capital assuré, infaillible. Cette idée est généralement trop méconnue, cependant elle est d’une haute importance surtout pour ceux qui ont de grandes propriétés. Que l’on cultive bien ce que l’on se met en frais de cultiver, que l’on suive les méthodes améliorées, que l’on applique sur un espace plus restreint la somme de tra-

vail qui serait dépensée en vain sur une grande étendue, et la terre étant ainsi mieux soignée, le réndement sera proportionnel au labeur et paiera bien davantage. La concentration du travail, autant que faire se peut, est une véritable économie. Chaque partie d’une ferme étant sous l'œil immédiat de son propriétaire, si celui-ci est un homme intéressé, il ne se gaspillera ni bois de service, ni bois de chauffage, les broussailles ne croîtront pas à tous les dix pieds, les souches ne pousseront pas de nouvelles tiges, les vilains bouquets rouges et blancs dont les racines prennent tout le suc de la terre n’étoufferont pas les moissons, les prairies ne seront pas à moitié couvertes de framboisiers, les clôtures seront faites à temps et solidement, les animaux seront à leur place dans des pâturages bien fournis, enfin tout sera à l’ordre partout, et la ferme aura la régularité et même l'élégance d’un jardin. Cette ferme ainsi tenue paiera bien, prendra de la valeur, et son propriétaire verra des fruits abondants remplir ses granges, ses caves et ses greniers.

L'ordre est la première loi de la nature; elle est aussi la première pour le cultivateur. S'il la méprise, il s’habituera peu à peu au relâchement et à la négligence, son t'avail sera perdu ; n'ayant pas plus de considération pour sa ferme que pour lui-même, il n'inspirera plus que de la pitié, si toutefois le ridicule ne vient pas s’y ajouter. Que dire et que penser en effet d’un homme qui laisse tout aller à l'abandon, qui ne s'occupe de rien, qui semble avoir perdu tout

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respect humain et qui ravale sa dignité jusqu'au dernier échelon de la dégradation agricole! Afin de montrer jusqu'où l'indolence peut être poussée, que dire et que penser, par exemple, d'un propriétaire quand les fenêtres de sa maison sont brisées et que les vitres sont ici et là remplacées par de vieux chapeaux ou quelques lambeaux d'ancienne étoffe; quand le toit fendu ou troué laisse en maints endroits passer la pluie, quand les portes ou les contre vents sont à moitié pendus et battent à tous ies vents ; quand le perron ou la galerie sont devenus de véritables trappes ; quand les clôtures de son champ sont éparpillées sur le chemin ou que les barrières à demi-cassées sont rendues sur le bord du fossé ; quand les instruments d'agriculture, les voitures et autres articles de nécessité ont pour abri d'hiver la voûte étoilée et pour abri d'été les gouttières de la grange ; quand on voit les animaux, qui souvent sont la terreur des voisins, voyager alternativement dans le parc et dans le chemin, les bêtes à cornes la tête ornée d’une planche mobile qui leur couvre toute la face, ou les cornes enchevêtrées dans des bouts de câble, les chevaux avec des colliers de bois franc dont l'extrémité inférieure râcle le sol ; quand on voit les volailles dans le blé d'Inde écorchant les épis et faisant leurs délices des légumes dont le champ est aussi parsemé ; quand on voit les mauvaises herbes et les chardons étouffer la moisson, épuiser le sol ; encore une fois que dire, que penser d’un tel cultivateur? N'est-ce pas la dégradation, l'indolence poussées au dernier

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point? Est:il étonnant de voir alors le spectre hideux de la pauvreté où plutôt le loup affamé de la misère arriver chez lui avec un cortège de peines, d'inquiétudes et d'afflictions? Ah! la négligence, l'oisiveté, la paresse, ce sont de vrais fléaux, c'est la destruction de la famille, c'est la ruine, c’est la mort !

Il est donc facile de conclure, et c’est ce que tout agriculteur, tout colon surtout qui comihence ses défrichements, doivent l'un et l’autre bien savoir, que le suécès de l'avenir, la perfection de la vie agricole reposent sur le travail, et sur le travail de la tête comme sur celui des bras. En agriculture, comme en toute autre branche d'occupation, si l'intelligence et la science ne président pas, le travail dégénère en routine. Quels sont ceux qui se plaignent toujours du manque de succès dans leurs opérations, qui ne trouvent point d'ouvrage à faire en tel temps ou en tel autre, et pour lesquels la moitié de l’année se compose de ce qu'ils appellent « mortessaisons »? Ce sont ces gens qui flottent à tout vent d'irrésolution, sans stabilité ni but définitif, qui ne sont jamais chez eux, qui ne font que rêver et spéculer, qui s'occupent dé tout excepté de leur propre affaire. Un proverbe qui devrait être connu particulièremént de tout agriculteur, de tout colon est celuici: « Honorez votre état et attachez-vous-y fermement. » Une énergique résolution de faire son devoir ouvrira à cet homme le sentier du succès. Ce chemin est facile, il est plein de consolations, la Providence l’a doté et embelli de tous les avantages, de

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tous les charmes =! “c toutes les bénédictions qu’un homme de cœur puisse désirer.

À l'œuvre donc, jeunes gens, pères de famille, hommes de métiers, fils d'habitanis, qui que vous soyez, quelle que soit votre condition, écoutez ces paroles d'un ami sincère qui vous veut du bien, prétez l'oreille aux avis bienveillants qu’il ose vous faire parvenir dans ces pages écrites pour vous rendre service ; venez voir les beaux domaines, les grands bois, les fertiles vallées qu’il vous propose de coloniser, soyez sûrs que vous ne serez pas. trompés, votre avenir est là ; d'immenses richesses, de grands trésors y sont enfouis, il ne tient qu’à vous d’en faire l'heureuse et importante acquisition,

Quand vous jetez les yeux sur les terres de notre vallée du St-Laurent qu! sont l’orgueil du pays, vous êtes parfois tentés de croire qu'il n'y a pas moyen de vivre ailleurs, de faire des établissements profitables sur d’autres points de la province, eh bien ! ilest temps de vous détramper, de déchirer le bandeau de préjugés qui retient tant de bras vigoureux et robustes sur des propriétés léjà morcelées. Voyez ce qui se fait aujourd'hui dans la vallée de l'Ottawa. Sous la parole de seu «u Kévérend M. Labelle, sous les efforts puissants de son indomptable énergie, la ralonisation de ces lieux a fait des progrès incroyabies. On dirait qu'il a dans ses mains le levier qui manquait à Archimède pour soulever le globe ou bien encore qu'il a par devers lui les secrets merveillsux de la lyre d'Orphée. Il place ici une église, là un moulin, ailleurs

un vil'age, Il trace des chemins, il ouvre des rangs entiers, la forêt recule à son approche, un courant de population le suit partout où il passe. De nouvelles paroisses surgissent où il les a marquées, frappant le sol de ses pieds. Enfin tout un pays s'établit dans ces plaines et ces montagnes dont il a su faire l’espérance du colon.

Mais le théâtre sur lequel agit M. Labelle n’est pas différent du nôtre. Ce sont les mêmes bois, les mêmes terres, les mêmes collines, les mêmes vallées ; les cours d’eau, les lacs sont semblables; d’ailleurs, on le verra plus loin, tous ces territoires se tiennent. Ils auront le même avenir. Une population homogène s’y développera et la communication qu’un chemin de fer établira, dans quelques années, entre l’Ottawa et le St-Maurice, puis le lac St-Jean, mettra cette population en rapport avec le reste de la province, et lui fera cotfhaître, d’une manière plus particulière encore, la richesse et l'importance des magnifiques domaines dont elle sera alors én possession. Si M. Labelle pruvait se multiplier, il ferait dans les plaines dela Mantavaisie ce qu'il fait à Nominingue et dans toute la vallée de l'Ottawa. Mais dans l'impossibilité de l’y voir à présent, ou en attendant qu’il y vienne un jour, qu'on veuille bien accepter comme invitation spéciale ces quelques pages, pâles et décolorées sans doute à côté d’une parole d’apôtre, mais remplies du plus pur patriotisme. Qu'on veuille bien croire à l'exactitude des renseignements qu’elles renferment, et surtout bien

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