‹ La bourse et la vie [microforme]Chapitre 61 sur 153 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

me était affligée d’une ophtalmie grave, elle ne voyait qu’à demi. Cependant la voilà à l’œuvre avec son faible entourage.

On sait qu’à cet âge tout est joie, confiance et désir dans l'âme. Ces adolescents possèdent des affections calmes et pures, de gracieuses espérances qui se jouent dans leur cœur, et puis les tendresses de la mère pleuvent sur eux chaque matin comme une rosée fortifiante. Elle a éprouvé de grands chagrins cette mère chrétienne, mais ces chagrins plutôt que de briser son corps ont semblé le nourrir et donner plus de grâce, plus d'énergie à ses mouvements. Ses larmes ont rafraîchi sa vie, ont fait refleurir la vigueur de son âme. Enfin son intelligence, sa volonté sont dans son cœur, cette volonté surtout lui donne de nobles audaces, de courageuses témérités. Elle et ses enfants s’inspirent des mêmes sacrifices, ils travaillent dans le même champ, s’asseyent à la même table, vivent de la même foi, s’'épanouissent de la même espérance, embrassent la même croix, exhalent la même prière. « O mon Dieu, disent en particulier ces petits orphelins, ayez pitié de nous qui n'avons plus de père, conservez-nous précieusement le trésor qui nous reste dans notre bonne mère, rendez-lui la vue. Unis à elle, nous ferons tout ; séparés nous sommes perdus. Sa pensée, son cœur, sa vigilance, sa prière, ses pleurs sont les compagnons, les témoins de nos travaux. Les difficultés ne nous rebutent pas, mais les fleurs du succès ne croîtront que sous la chaleur de ses encouragements. Conservez-

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nous notre mère, nc':; sommes heureux de travailler avec’elle et pour elle. »

Pauvres petits, c'était bien le fond de leur âme qui se manifestait dans ces paroles, dans ces accents. La vivacité de leurs sentiments enflammait leurs yeux, colorait leurs joues ; cette éloquence enfantine, ces élans de ferveur dans l’infortune auraient subjugué tous les cœurs sur la terre, on comprend qu'ils triomphèrent dans le ciel. L’assistance d’en-haut ne se fit pas att:nd'. Le souffle brûlant d’une aussi puissante prière ouvrit le trésor des bénédictions célestes. Tout ce q = je ‘urrais dire ici de l'énergie, du travail et de la persévérance de cette pauvre femme resterait au-dessous de la vérité. Empressonsnous d'ajouter que cette terre dont elle avait pris possession en arrivant à Mantawa fut pour elle un théâtre de succès prompts et étonnants, récompense d'un généreux dévouement. Elle fut pour elle et sa famille une mine précieuse, puisqu'il en est sorti dans l’espace de quatre ans un vrai trésor, celui d’un bienêtre marqué et d’une position aujourd’hui enviabie. La veuve Thuot est présentement bien établie, elle a une jolie résidence, elle peut même y faire les honneurs d'un petit salon. On remarque encore sur sa ferme une bonne grange et d’autres bâtisses impor-| tantes, la terre est en ordre et bien tenue partout, on y voit aussi un bon troupeau d'animaux : tout ce-| la porte son avoir en ce moment à quinze cents piastres.

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