‹ La bourse et la vie [microforme]Chapitre 60 sur 153 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

der un peu ; le plus vieux néanmoins n'avait que quinze ans, c'était une assez faible ressource comme on le voit. Toutefois sa décision est prise, elle ne balance pas ; « J'irai, dit-elle, et je retournerai dans mon pays, je n'ai pas un coin de terre en propriété il est vrai, mais il y en a dans les nouveaux cantons qui sont en disponibilité, plusieurs y trouvent des richesses, tous y trouvent leur vie, le sol de la patrie ne sera pas plus ingrat pour moi que pour d’autres, je le travaillerai, je l’arroserai de mes sueurs, le bon Dieu bénira mes travaux, cette terre deviendra féconde, et j'assurerai l'avenir de mes chers enfants. » Elle communique sa généreuse résolution à sa jeune famille, elle essuie les larmes qui baignent les paupières et qui coulent abondamment sur les joues de ses tendres enfants, elle les console, elle les encourage, elle les fortifie de cette espérance si vivace d'une mère chrétienne et dévouée.

— Où ‘vas-tu nous conduire, maman, disent-ils tour à tour, et groupés autour d'elle, ces pauvres petits n’ont pas encore absorbé l'espérance qu’elle s’efforce d'ioculer dans leur âme ?

— Nous irons à Mantawa, répond-elle, je sais par des rapports certains ce qui se passe dans ce pays-là, il faudra travailler tous ensemble, mes chers enfants, chacun suivant ses forces, mais avec courage et bonne volonté ; vous m'écouterez, vous m'’obéirez bien, la céleste Providence favorisera nos efforts. Il ne faut pas en douter, les portes de la divine miséricorde

sont ouvertes à la veuve et à ses pauvres orphelins.

Ulysse Emma tte É + h ‘.— ee

Le Père des pauvres qui règne là-haut donnera des forces à vos faibles bras comme aux miens un peu N plus forts, ses mains pleines de bénédictions feront 4 rendre à la terre le centuple de ce que nous lui aurons confié ; l'enfant pauvre qui n’a plus de père, Dieu le garde, et il donne à sa mère un surcroît de tendresse et d'amour qui lui fait faire des prodiges. Allons, chers petits, « ‘xilés redevenons enfants de la patrie, allons revoir nc <.:chers, la maison de Dieu, nos autels, redevenons pu canadiens et meilleurs chrétiens que jamais. Les longues nuits que nous avons passées au chevet du lit de votre père, les soins que nous lui avons prodigués, les cruelles inquiétudes que nous avons éprouvées, les larmes amères que nous avons versées quand 1l a fallu s’arracher aux bras de sa tendresse, tout cela vaut quelque chose auprès de Celui qui récompense le don d’un verre d’eau froide ; nous serons bénis, nous serons protégés, nous réussirons ; allons, mes enfants.

— Partons, maman, répêtent ensemble ces pauvres petits orphelins en qui l’ardente confiance de la mère était passée désormais pleine et entière.

Les préparatifs sont bientôt terminés ; dés le lendemain même on s’achemine vers le pays. Cette mère inspirée ne tergiverse point dans sa résolution, elle s’en vient directement à St-Michel-des-Saints. Elle raconte les motifs de son retour, elle dit ses intentions ; on l’introduit sur un lot de bonne qualité, puis elle commence ses travaux. On le sait déjà, l'aîné de ses enfants n’avait que quinze ans, elle-mê-

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