CHAPITRE X
Comment s’est faite l'ouverture des cantons de l'Est? Quelle ligne d'habitations conduisait jusque là? Quelle prévision, en ce temps, d’un chemin de fer passant par là plutôt que sur les rives du fleuve, soit au nord, soit au sud? Qu'on aille donc aujourd’hui poser la main sur l'épaule du premier colon des Bois Francs et lui dire: « Mon ami vous avez mal fait. » En présence du développement qui s'était déjà opéré dans ces lieux avant le passage des locomotives, et maintenant en face du progrès qui s'y est accompli depuis, n’aurions-nous pas raison de demander si c’est lui qui a mal fait ou bien ceux qui ont refusé de le suivre en disant :« Vous ne savez pas ce que vous faites, vous vous ruinez. » Ah! le temps a bien parlé depuis ces jours, et l'époque aetuelle détruit bien des illusions. Avançons donc sans crainte et pleins de confiance dans les progrès de l'avenir. D'ailleurs n'avons-nous pas perdu assez de terrain déjà par cette colonisation à reculons ? Qu'on veuille bien s’instruire des eflorts surhumains qu’il faut faire aujourd’hui pour ressaisir tant et de si belles terres qui semblaient posées là tout exprès pour nous. Quant à moi, j'admire et je publie avec honneur les efforts de cet homme plein de dévouement, de patriotisme et de foi, le Révérend M. Marquis qui travaille depuis des années, dans les cantons de l'Est, à réparer ces retards de colonisation.
Parce qu'il y a quelques lieues-de terres inhabitées ou montagneuses avant d'atteindre les rives de la Mantawa, on dira que c'est mal penser, mal agir que
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de chercher à diriger un courant de colonisation dans cette vallée! Maïs c'est la plus futile, la plus vaine de toutes les raisons. La fertilité de son sol, l'avantage de ses grandes prairies, son bois de service, ses fôrets si grandes et si boisées, ses mines, ses carrières, ses grands lacs et ses rivières, sa position et la perspective des chemins de fer qui vont s'y diriger, tout est donc compté pour rien! Tout cela serait donc inutile pour nous dans le moment, et il faudrait laisser à d’autres, à des étrangers par exemple, le soin d'exploiter ces richesses, sous prétexte qu'il y a pour nos colons quelques lieues à faire le sac sur le dos ou dans un chemin un peu diffcile. Mais on doit le comprendre, on le comprend, je n’en doute, pas, il est utile, il est important, il est nécessaire de s'emparer de ces vastes domaines aussi vite que possible. Il est de notre plus haut intérêt d'y pousser sans délai l’excédant de population qu'il y a dans nos vieilles paroisses, afin que ces nouvelles familles puissent se dire plus tard avec bonheur et en nous remerciant : « Nous avons donc un chez-nous.» Un chez-nous !...parole qu’elles sauront apprécier dans le cours du temps à sa juste valeur, car elle renferme, cette parole, les plus grandes, les plus belles idées ; l’idée de la famille, l’idée de l'autorité et du devoir, l’idée fraternelle de tous pour chacun et de chacun pour tous. Mot plein de vie, d’espérance et de rayonnements. Chez-nous ! mot que l’on prononce toujours avec l'accent indicible des plus pures et des plus douces jouissances. Chez-nous !
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