CHAPITRE X
n'est-ce pas là que l’on revient toujours avec plaisir à tous les âges de la vie? N'est-ce pas à la fois notre berceau et le trésor de nos souvenirs ! Ah ! nos joies comme nos malheurs nous y ramènent incessamment. On peut s’en éloigner, mais l'oublier, jamais ! tel sera aussi le « chez-nous » certain, assuré, prospère, de ces nouvelles populations. La vie, la vertu, le cœur, l’âme entière, tout sera concentré sous ces toits hospitaliers au milieu des plus chères délices.
Ah! qu'il sera beau, qu’il sera bon, ce « chez-nous » dans la patrie |
Mais pour en venir à se créer un chez-soi définitif et assuré, pour que le succès réponde à l'attente et couronne l’entreprise, il ne faut conseiller l’éloignement vers ces terres qu’à ceux dont les moyens pourraient leur permettre de s’y soutenir au moins une année en cas d'accidents pour la première récolte ; car une triste et malheureuse expérience constate qu’une colonisation dans un endroit reculé et à quelque distance des grands centres, commencée sous les seuls auspices de la charité, sans autre fondement de résistance aux épreuves qui peuvent survenir, n’est souvent qu’une pénible charge au public en attendant que le fardeau lui revienne avec un cortège de misères. Favoriser la prise de possession des terres nouvelles par ceux seulement qui pourraient s'y soutenir par eux-mêmes une première année, voilà
l'unique moyen de créer un noyau résistant et puissant de colonisation qui assurera d’une manière permanente dans chaque famille la jouissance des biens
que les chefs se seront appropriés. Dans de semblables établissements en effet, l'on ne verra point de lots passer, après quelques années, entre les mains d'un second propriétaire, lors de la ruine du premier qui aura peut-être usé dans un travail inutile ou insuffsant sa santé, sa force et sa vie. [Il est facile de constater qu’un détrimént réel à la cause de la colonisation est l'occupation des terres par des personnes qui ont trop retardé, attendant qu'elles fussent devenues radicalement pauvres avant d'en aller prendre possession. Entièrement privées de ressources, de telles personnes se sont vues souvent obligées d’abandonner ces terres en renvoyant sur elles la cause de leur insuccès. On ne peut donc prendre trop de précautions pour que le mouvement de colonisation qui se fait annuellement dans nos vieilles paroisses devienne fructueux. Aux encouragements puissants déjà offerts par l'autorité ecclésiastique doit se joindre, dans le même but d’entente et d'union, le travail des associations comme celui des particuliers. Ces efforts réunis assureront l'efficacité de l’entreprise dans la vallée de Mantawa, comme il est arrivé dans plusieurs autres parties du pays. En courant ainsi droit au nord et en élargissant tout d’un coup notre sphère d'expansion, soyons certains que les espaces intermédiaires ne resteront pas longtemps vides de population, qu'ils se combleront graduellement et rapidement jusqu'à ce qu’enfin notre race s'implante solidement et rayonne sur tous les points de cet immense territoire ; territoire chéri,
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