‹ La bourse et la vie [microforme]Chapitre 95 sur 153 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Nécessité pour le succès du colon de bien connaitre la nature et les besoins du sol, l'importance de ne pas l'épuiser et de lui rendre ses forces s’il l'a appauvri. — Exemples de peuples et de particuliers qui ont négligé l'application de ces principes et qui ont tout perdu. — Une plunte comme un animal a besoin d'être nourrie. — Calcul de ce qui se perd de valeurs par une mauvaise culture. — Pluintes intempestives du colon dont l'aveuglement et la régligence laissent tout perdre. — Comment ilest son propre ennemi et l'ennemi de ses compatriotes. — Principes de sucrès. — Connaissans pratiques des besoins de la terre et remise de fonds. — knsvignements de la nature sur ce poir£ et comment s’accomplit le cycle de la trausformation universelle. — Conclusions pratiques qui s’harmonisent avec l’admirable économie de la Providence, et qui sont la base d'un système de travail rémunérateur.

Il est ici nécessaire de nous arrêter sur des considérations qui nous semblent de haute importance, et que les nouveaux colons surtout devraient gravcdans leur mémoire.

Plusieurs familles ou groupes de familles iront, supposons-nous, en un temps fixé, s'établir dans les terres nouvelles. Les chefs auront soigneusement visité les vailons, les forêts, les coteaux, les montagnes ; ils auront choisi le lieu de leurs travaux, le théâtre de leurs futurs exploits. Ils vont commencer, pensent-ils, une œuvre de régénération. Une nouveile vie, de nouveaux horizons s'ouvrent devant eux. Pleins de confiance, ils s’attendent à de grandes choses, à de solides succès. On les a encouragés, on leur a vanté la terre ; ils espèrent y trouver /a Bourse et la Vie. Afin qu'ils ne soient pas frustrés dans leurs espérances, disons-leur donc toute notre pensée, faisons-leur part de certaines connaissances utiles, et montrons-leur par l'expérience de quelques siècles

et des années passées comment on peut s'enrichir ou se ruiner sur des terres de bonne qualité.

Ce n'est pas tout de se choisir un bon lot, d'y monter avec courage, d’en entreprendre le défrichement avec énergie, de le pousser avec vigueur et de montrer de la persévérance dans son ouvrage, que dis-je, tout ceci n’est rien si l’on ne travaille que machinalement, c’est-à-dire sans se bâser sur la connaissance solide des besoins du sol. En vain le colon s’attaquera à la forêt avec vaillance, en vain il y mettra la hache et le feu, en vain il en fera disparaître les souches, les pierres, les racines et les broussailles, en vain il égouttera, il assainira convenablement sa pièce de terre, celle-ci pourra le payer une preinière, une seconde, peut-être une troisième année, mais tout sera fini s’il ne calcule pas les besoins de son champ, et s’il ne prend pas les moyens de lui rendre ses forces. La fertilité de sa terre diminuera aussitôt, elle déclinera d’année en année, et l'âge d’or sera bientôt passé. Lorsque l’agriculture des Romains commença à déchoir par le manque de soins qui, à la fin, la fit périr, certains cultivateurs pensèrent que ce résultat était dû à. quelques enchantements perdus que la tradition avait oublié de transmettre. Il y aura peut-être quelque chose d’analogue dans la croyance du colon qui ne sera pas instruit des exigences du sol avant de reproduire de nouvelles. moissons, et il se laissera circonvenir par des préjugés dommageables.

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