CHAPITRE XI
récoltes sans compensation, des terres fertiles et apparemment inépuisables ont été appauvries, détériorées, au point qu'on les a quittées comme désormais improductives. Dans certains Etats où, il y a soixante ans, on récoltait en moyenne trente minots de blé par arpent, on retirait à peine dans ces années dernières, douze, treize et quatorze minots| Déjà en 1850 la Virginie, les deux Caroline, l’Alabama étaient descendues à cinq et sept minots. Quelle est la raison de diminution si considérable ? C'est évidemment l'imprévoyante culture du colon qui ne rend rien à la terre.
Et que de belles propriétés dans notre jeune pays même ont été ruinées, mises de côté et finalement abandonnées comme étant sans valeur ! Les terres de nos cantons, dont le sol est plus léger et moins capable de résister à une culture épuisante que celui de la plaine, sont en partie délaissées, dans certaines localités surtout, sous prétexte qu’elles ne valent plus rien. Y a:t-1l là quelque chose d'étonnant quand on connaît la déplorable coutume d’une foule de colons qui labourent, creusent et retournent annuellement la même terre pour arracher cruellement de ses entrailles, pendant quelques années, la substance de leur vie sans lui rien remettre? Il est pourtant facile de comprendre que si nous ne rendons au sol aucun des principes fertilisants qu’on jui enlève par une récolte, que si nous refusons à la terre et à la moisson les substances nutritives dont elles ont besoin pour changer leur nature, se reproduire et nous
payer, nous tarissons infailliblement la source de nos revenus.
Une plante a besoin d’être nourrie absolument comme un animal, C'est un être vivant, et qui, comme tous les autres, vit au moyen d'organes de digestion. Donnez à cette plante, à cette tige de blé, à cette paille d'avoine, une bonne et suffisante nourriture, alors vous les verrez s'épanouir avec grâce, monter, grossir, se fortifier et vous sourire avec une espèce de reconnaissance. Le matin d’un beau jour d'été, pleines de fraîcheur et de jeunesse, ornées des perles d’une abondante rosée, elles vous salueront agréablement lorsque vous sortirez de votre demeure pour aller à vos travaux. Le soir, quand vous reviendrez de votre champ, si vous passez près d’elles et que la dernière brise du jour vous accompagne pour sécher vos sueurs, elles baiseront doucement la main qui les a si bien nourries. Vous serez heureux de vos soins et vous vous en féliciterez avec raison.
Mais comme c’est la terre qui fournit les trois quarts de ce qu’il faut pour arriver à ce résultat, il est de toute évidence que nous devons lui rembourser sous d’autres formes certains équivalents, à moins de vouloir à tout prix l’anéantissement de ses forces vitales. Et il faut que le colon se rattache à cette idée, qu’il en pénètre son esprit, qu’il travaille généreusement à l’accomplissement de ce devoir, car c'est vraiment un devoir pour lui que cette réintégration d’un capital aussi précieux et entièrement