CHAPITRE XII
de l'Evêque de voir cette partie éloignée de son troupeau, ces courageux fidèles engagés dans la lutte acharnée du. défrichement de leurs terres, laisser là leurs occupations et accourir avec empressement autour de sa personne, pour renouveler leurs intentions de demeurer fermes dans l'accomplissement de tout devoir de religion et de famille, c'est-à-dire d'être pour toujours d'aussi fervents chrétiens que de bons colons. Ces âmes vaillantes comptaient ainsi sans doute sur une plus abondante bénédiction du Seigneur, et de fait cette bénédiction ne leur manqua pas. Elle porta d'heureux fruits de salut et même de prospérité matérielle, car les années qui suivirent amenèrent de nouveaux cultivateurs, et parmi ceux-ci, plusieurs avaient des ressources au moyen desquelles ils firent progresser rapidement les deux localités. D'une année à l'autre on compta quatre vingt-dix, cent, cent-douze, cent-vingt, cent-trente familles, le nombre croissant en progression presque régulière. Enfin cette année donnait, au commencement, cent soixante-quatre familles régulièrement établies, soit une population de neuf cents âmes, parmi lesquelles environ cinq cents communiants.
Cette population est répartie sur une distance de près de huit lieues en ligne droite, et sur une ligne transversale d'environ trois lieues. Cette dernière ligne d'établissements coupe la première en suivant les rives de la Mantavva de l'ouest à l'est. Parmi les cultivateurs établis dans ces limites, il en est qui méritent d'être cités pour le prompt succès qu'un tra-
vail intelligent et une sage économie leur ont procuré. J'en ai plus haut mentionné quelques-uns. Un grand nombre d'autres sont sur la voie d'une florissante prospérité ; sous peu de temps leurs aspirations légitimes seront réalisées. Dans un avenir prochain toute cette population, du premier au dernier de ses membres, sera digne de mention. Ces braves colons, au moyen d'une énergie et d'une persévérance inébranlables, se seront créé un véritable bien-être, une existence pleine de joies et d'honnêtes satisfactions ; ils auront enfin trouvé ce qu'ils cherchaient avec tant d'avidité et d'espérance pour eux-mêmes et pour leurs familles, je veux dire la Bourse et la Vie.
Il est maintenant facile de comprendre qu'une seconde visite pastorale à Mantawa devenait nécessaire en 1882. Neuf ans s'étaient écoulés depuis la précédente. Le noyau de population béni par le premier Pasteur en 1873 s'était accru considérablement. D'un autre côté, il devenait urgent d'y localiser les établissements religieux d'une manière définitive. Comme toujours en de semblables cas, certaines contestations s'étaient élevées. De part et d'autre on invoquait diverses raisons pour et contre les changements projetés, il était temps de ramener à une entente générale les esprits des fidèles dans ces deux localités de St-Zénon et de St-Michel-des- Saints.
Le 18 juin était le jour fixé pour l'arrivée de 1' que. Déjà les colons de St-Zénon avaient réparé convenablement leur chapelle. Les murs fraîche-