‹ La bourse et la vieChapitre 104 sur 135 · CHAPITRE XI I · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI I

ment blanchis à la chaux, le toit peinturé d'une couleur brune, un petit clocher terminé de la veille et surmonté de -la croix, tout redisait l'empressement avec lequel pendant les derniers travaux mêmes du printemps, on avait préparé l'humble maison du Seigneur dans cette nouvelle mission. L'on avait aussi, comme décor extérieur, jalonné la route de nombreuses plantations, noué des arches de verdure, orné quelques maisons, improvisé des drapeaux, enfin partout c'était fête, bonheur et gaieté.

Le matin de ce jour est longtemps triste et sombre. De gros nuages entrelacés, suspendus dans l'air au-dessus des montagnes, dérobent la vue du ciel. Ils portent la pluie dans leur sein. À deux ou trois intervalles ils laissent tomber des averses qui ne durent néanmoins que quelques minutes. Un vent léger se met à souffler et déchire peu à peu cette noire tenture. Quelques flocons moins denses se détachant de çà et de là, prennent leur course sous l'impulsion de la brise. Ils passent rapidement sous le nuage comme pour lui dire C[ue, fatigués de sa lenteur, ils se hâtent vers de nouveaux horizons. D'autres en apparence trop pressés au départ et n'ayant pas équilibré leur ligne de course comme les premiers, s'accrochent au sommet des montagnes ; ou bien effrayés de la distance qu'ils ont à parcourir s'essaient au début, se reposent, prennent haleine avant de se lancer dans l'immensité. Pendant ce temps-là le vent prend des proportions nouvelles, et ant au-dessus des Laurentides, il s'attaque vie-

torieusement aux nuages retardataires. Des trouées sont faites dans les parties les plus faibles, et des rayons d'or échappés comme des coursiers rapides de l'astre-roi, nous annoncent que l'atmosphère va changer de condition et revêtir une nouvelle parure qui sera conforme aux intentions, à l'attente et aux désirs de chacun. En effet, les flèches ardentes du soleil, serrées comme des gerbes lumineuses et en nombre incalculable, achèvent de percer le nuage et de le dissiper, il s'évanouit complètement. Alors une avalanche de lumière envahit l'horizon, inondant de joie la nature aussi bien que ceux qui contemplent cette heureuse transformation. A neuf heures du matin, il fait donc un soleil radieux, un vent doux et bienfaisant, un beau temps enfin. C'est une circonstance favorable. La montée sera moins pénible, moins ennuyeuse, elle se fera sans encombre, elle sera même agréable.

Trois voitures partent à huit heures de Ste-Emmélie-de-1'Energie. Les chemins sont assez beaux, les chevaux sont alertes, le trajet se fait en quelques heures. Vers midi, des jeunes gens placés en observation sur une pointe de terre qui s'avance dans le lac St-Louis, aperçoivent de loin les voitures qui débouchent de la forêt dans les nouveaux défrichements de la rive nord-ouest du lac ; ils donnent le signal de convention et les cloches répandent la nouvelle dans tous les environs. La population se concentre au lieu de réception. A peine quelques minutes se sont-elles écoulées qu'elle reçoit à genoux

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