‹ La bourse et la vieChapitre 111 sur 135 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

ront à leurs habitants un heureux avenir.

Quelle immense population ne trouvera pas sur ces terres la Bourse et la Vie ! Nous l'avons vu, des royaumes sont là partout en disponibilité. Jugeonsen par la quantité de terres colonisables seulement dans les cantons Brassard et Provost, qui ensemble forment à peine la dixième partie de la Mantavaisïe; le premier contient quarante-trois mille cinq cents acres de terre, le second quatre-vingt-neuf mille sept cents. Presque tous ces lots sont susceptibles d'une culture florissante et rémunératrice, il y en a pour tous les goûts. Il en est qui sont boisés, d'autres où le feu a passé et qui sont à moitié préparés pour l'ensemencement, il en est qui sont sur le bord des rivières et des lacs, d'autres qui renferment des collines, d'autres en plus grande quantité qui sont plans et unis, tous à peu d'exceptions près sont composés d'un sol fertile et très-favorable à toute espèce de culture. Ces deux cantons ne sont qu'un point de la Mantavaisïe, et si l'on réussit à diriger un courant de colonisation vers les principales parties de ce beau territoire, nous aurons la, dans l'espace de quelques années, une section de notre province extrêmement riche, populeuse et fort importante.

Qu'elles sont belles ces terres de la Mantavaisïe, qu'elles sont avantageuses et par la nature de leur sol et par la qualité de leur bois ! Cependant elles sont isolées, elles sont désertes. En vain le soleil les illumine de son éblouissante clarté, les réchauffe de sa bienfaisante chaleur, en vain les innombrables

248 LA BOUlîSE ET LA VIE.

cours d'eau disséminés dans toutes les directions les arrosent et les fertilisent depuis des siècles, elles sont encore pour la plupart remplies de solitude et de silence. Ces forêts, ces collines, ces plaines, tout ce panorama surabondant d'une gracieuse végétation d'une fraîcheur vivifiante, de parfums exquis, de senteurs sans rivales, est encore, il faut dire, inconnu. Est-il possible que de si grandes beautés, tant de richesses, de si précieux trésors, un avenir brillant, le confort, le vrai bien-être soient ici dans la patrie, à nos pieds, sous nos yeux, et que nos campagnes se dépeuplent toujours au profit de l'étranger? Ah! pourquoi les bras manquent-ils à l'agriculture dans les vieilles paroisses, à la colonisation dans les terres nouvelles, tandis qu'ils fourmillent dans les villes et les cités où rien n'est moins assuré qu'un avenir souriant et définitif? Grave inconvénient, double malheur, nous oserions dire, dont les suites sont déjà trop senties !

Nous avons cru présenter un remède utile, efficace, en faisant connaître les parties de ce territoire les plus favorables à la colonisation, à quelles distances elles sont situées, comment on y arrive, quels sont les centres de population les plus rapprochés quelle est la nature du sol, quelle est la richesse de toute cette région sous le rapport des forêts, des mines, des carrières, etc. quels sont les pouvoirs d'eau, quelles sont les expériences qu'on y a faites, les succès qu'on y a obtenus, en faisant connaître enfin comment on y a trouvé la Bourse et la Vie. Nous

chapitp.e xnr. 249

avons montré en outre le dévouement du vénérable vieillard qui a fondé une colonie dans ces parages, nous avons dit ce que M. Brassard a entrepris sur les rives de la Mantawa, nous avons fait voir l'énergie qu'il a déployée dans ces grands et difficiles travaux, le zèle qui l'a toujours animé, la persévérance qui l'a conduit au succès. Nous avons aussi montré les démarches, les explorations, les entreprises que nous y avons faites nous-même et qui ont réussi dans la même proportion. Nous avons montré les beaux succès d'un grand nombre de colons. Or toutes ces choses sont autant de sujets, de faits qui, bien développés et bien connus, ne peuvent qu'encourager la colonisation de ces lieux.

' Il est des spectacles qui peuvent passer inaperçus devant nous ; beaucoup de choses en ce monde nous trouvent tièdes et indifférents. Il n'en est pas ainsi d'un noble dévouement, d'une énergique entreprise de bien public dont on connaît l'heureuse issue ; notre impartialité se fait jour à travers une insensibilité apparente, nous applaudissons même, et lorsque nous en sommes rendus à ce degré d'approbation, nous sommes tout près de l'imitation.

Nous avons donc confiance que l'on regardera avec bienveillance et quelque intérêt même aux renseignements qui sont contenus dans cette brochure, aux informations, aux faits, aux exemples qui y sont donnés en détail et avec une parfaite exactitude. Nous sommes convaincu qu'après avoir pris connaissance de toutes ces choses, l'on sera plus disposé à

favoriser la Mantawa d'une attention sérieuse d'abord, et ensuite d'une action prompte, généreuse, efficace, qui sera le salut de nos colons et l'avenir de leurs familles. Et c'est ainsi que cette œuvre deviendra un bien réel et solide à celui qui l'aura accomplie. Et puis, n'est-ce pas une attestation universelle, toutes les fois que l'on bannit de son âme l'étroit égoïsme ou que l'on surmonte une répugnance personnelle afin d'accomplir un devoir, n'y a-t-il pas comme une sensation divine qui coule dans l'âme ? Le cœur n'est-il pas plus content, le front plus serein, la gaieté plus naïve ? Emotions saintes et sublimes, elles planent au-dessus de la terre, c'est: la récompense de la vertu. Un philosophe païen, Sénèque, ne s'y est pas mépris : « Dans le sein de l'homme vertueux, dit-il, je ne sais quel Dieu, mais il habite un Dieu. »

Quel est celui qui ne regarde pas au futur succès d'une nouvelle position, à la somme de bonheur qu'il va recueillir dans telle ou telle occupation, à la jouissance indéfinie qu'il en espère ? Il y a longtemps, je suppose, qu'il réfléchit sur le parti qu'il va prendre, il a tout calculé, tout comparé, tout prévu. D'émouvantes pensées accompagnent son projet définitif. Une résolution absolue, une détermination irrévocable le fixe avec solidité dans sa nouvelle carrière. Sous de telles circonstances, s'il a tant soit peu d'énergie, s'il est persévérant, il est sûr de réussir admirablement. Et disons-le avec certitude, appuyé sur des faits marquants, indéniables, pas une carrière ne

Page 1