‹ La bourse et la vieChapitre 119 sur 135 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

encore est que la rivière coule en plein milieu d'un territoire régulier propre à former toute une paroisse. Il semblerait donc désirable que, sous ces circonstances, les établissements se succédassent sur les bords mêmes de la rivière, en premier lieu. La rive gauche est passablement unie et, à quelques exceptions près, il est facile de s'y établir et d'y poursuivre un bon chemin jusqu'au Grand Lac.

Notre explorateur atteignit bientôt un endroit remarquable appelé les cascatelles de Bellevue. Un gros rocher, jeté comme une digue en travers de la rivière, forme une espèce de pont qui en joint les deux rives. Trois conduits parallèles le percent d'outre en outre et dégorgent comme de puissants robinets toute la masse liquide qui s'y précipite avec fureur. Deux d'entre eux feraient exactement l'office de canaux très-bien disposés pour faire mouvoir des moulins. De là jusqu'au Grand Lac, c'est-à-dire sur une distance d'environ cinq milles le terrain est bon et partout cultivable. Point de hauteurs considérables vers l'est surtout, à une profondeur d'au moins deux milles. Notre voyageur, en traversant ce beau terrain, le nota tout particulièrement et reconnut l'exactitude de la description qui lui en avait été faite. Il continue par l'ouest du lac et tombe dans un bois franc d'une grande étendue. Une large ceinture de terrain plan dont le sol est partout de première qualité, borde le lac de L'Assomption sur une profondeur d'un et quelquefois de deux milles. A cette distance, le sol s'élève peu à peu, mais il con-

serve son bois et sa qualité. Le bois qui domine est l'érable, le merisier, le gros bouleau, le cèdre et des épiuettes d'une longueur extraordinaire. Notre visiteur ne se contente point d'un rapide passage en ces lieux. Il s'y arrête pendant deux jours. Il va et vient dans toutes les directions, examine et scrute toutes les terres avoisinantes, calcule les chances d'établissement qu'il peut y avoir dans ces endroits, de quelles directions on y arrivera, quel sera l'avenir enfin de la belle colonie du lac de L'Assomption. St-Donat est à trois lieues à l'ouest, le lac Bourget à trois lieues au nord, St-Zénon à trois lieues à l'est. Elle ne sera pas isolée quand toutes ces localités seront reliées entre elles par de bons chemins. Le lac de L'Assomption appartient naturellement aux habitants de St-Alphonse, de St-Côme et de Ste-Béatrix qui devraient diriger leurs enfants de ce côté...

Malgré la beauté des lieux, la bonne qualité des terrains, le nombre et la force des pouvoirs d'eau, malgré les puissantes considérations qui le portaient a se tailler un établissement dans ces riches domaines, cet homme ne borna pourtant point là son exploration. Quelque chose le poussait ailleurs, dit-il, et cédant à cette espèce de pression il se dirige sans plus de retard vers le lac Bourget. Deux fortes journées de marche l'y conduisent. Au delà du lac l'Assomption, à deux ou trois lieues vers le nord-ouest, il règne une nature montagneuse jusqu'à l'extrémité sud du lac Bourget. Il y a néanmoins des lisières de terre larges et fertiles où des établissements de

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