‹ La bourse et la vieChapitre 16 sur 135 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

dans les nouveaux cantons, de quels changements ne serions-nous pas témoins partout ! Il baptise son établissement du nom de P Energie, et certes, à part la beauté de l'idée, c'était bien la raison même, la justice, la convenance qui dictaient cette dénomination. Il lui a fallu en effet beaucoup d'énergie pour entreprendre seul, jeune et sans expérience sous ce rapport, le défrichement des terres qui font aujourd'hui sa propriété. A l'instar de bien d'autres qui, parvenus enfin à une noble aisance, à force de travail et de dévouement, regardent les déboires, les peines et les sacrifices du passé, comme les perles les plus précieuses d'une couronne de succès, M. Leprohon m'a souvent parlé de ses travaux, de ses fatigues, de ses mécomptes avec une satisfaction toujours croissante, tant il est vrai que la mémoire d'un devoir bien rempli, d'un service rendu à la religion et à la patrie, d'une noble tâche accomplie au profit de ses compatriotes comme au sien propre, d'une œuvre de colonisation enfin faite avec succès, apportent dans l'âme un feu sacré qui en remue toutes les fibres et qui en fait jaillir les paroles les plus éloquentes. M. Leprohon a donc défriché avec énergie et nettoyé une étendue considérable de terre, il s'y est construit plus tard de jolis édifices, et a su attirer un assez grand nombre de colons pour y former une nouvelle paroisse. L'autorité ecclésiastique a jugé à propos, il a une quinzaine d'années, d'y ordonner la construction d'une église et d'un presbytère. Naturellement le lieu où résidait M. Leprohon étant fort

48 LA BOUIîSE ET LA VIE.

convenable et d'ailleurs assez central, on y a érige les édifices religieux. Ce Monsieur a fait le don généreux d'une soixantaine d'arpents de terre en culture pour les asseoir et les fonder. Encore une fois, honneur à ce Monsieur qui a su comprendre ce que réclamaient de lui, comme d'un protecteur en ces lieux, la religion et la patrie. Depuis deux ans M. Leprohon demeure à Joliette. Il est reto ;rné vivre dans un ancien cercle d'amis et de parents qui l'ont revu avec bonheur. Rendons-lui un dernier témoignage avant de passer outre. Sa maison de Ste- Ëmmélie n'était pas un hôtel, il est vrai, mais si un voyageur attardé ou fatigué frappait à sa porte, rien ne lui manquait. Il était sûr de rencontrer un ami prévenant et obligeant dans M. Leprohon, et puis la bienveillance, la politesse, le bon cœur achevaient l'ornement de sa maison dans la personne de sa respectable Dame.

De forts pouvoirs d'eau sont utilisés en plusieurs endroits à Ste-Emmélie. Il y a plusieurs scieries et deux moulins à farine. Citons en particulier les scieries de M. Jubinville. Elles sont dignes de remarque et fort utiles à la colonisation comme on peut le voir par les quelques données suivantes. Tout le bois dont les colons peuvent disposer est acheté à des prix raisonnables. Dans ces moulins, on fait du bardeau, des lattes, des planches et des madriers de tout bois. L'année dernière Je propriétaire a sorti dix .mille caisses de bardeaux, cent mille planches cïrîers de pin, d'épinette, de bois blanc, de me-

Page 1