‹ La bourse et la vieChapitre 17 sur 135 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

risier. On conçoit qu'il y a là pour les habitants un avantage incalculable. Dans l'œuvre du défrichement des terres nouvelles, que de bois gaspillé, que de valeurs enfouies, que de ressources perdues ! Un ou plusieurs moulins, suivant le cas, sont donc, il semble, de rigueur. Et de fait la chose étant arrivée dans Ste-Emmélie les affaires, en bonne partie, f changent de face. Un cultivateur, l'année dernière, consacre cent piastres pour faire de la terre neuve, il coupe le bois avec une certaine précaution ; une partie sert pour du bardeau, une autre partie pour des planches et des madriers, enfin une troisième partie, le cèdre, pour bardeau encore, puis pour piquets et perches que le propriétaire du moulin, moyennant un léger bénéfice, accepte pour revendre. Ce cultivateur vendit ainsi tout le bois qui pouvait être utilisé. Le revenu net, dépenses et charrois payés, lui rapporta cent piastres. C'est ce qu'il avait calculé d'ailleurs, il voulait faire des travaux pour ce montant. Et voilà comment l'augmentation considérable de défrichements sur sa terre ne lui coûta rien. Un progrès sensible se fait remarquer là aussi depuis quelques années, grâce à l'énergie des colons, à l'esprit d'initiative de quelques hommes d'entreprise et, disons-le en passant, puisque la chose est facile à constater, au zèle du pasteur, le Rév. M. J. Bonin, cet ami, ce partisan dévoué de la colonisation qui sait payer en tout lieu de sa personne et de ses lumières, dont les conseils ont retenu chez eux plusieurs habitants, dont l'exemple a fait faire des amé-

liorations surprenantes et dont la plume habile a maintes fois rendu service.

St-Alphonse.

Achevons de parcourir du regard l'horizon qui nous entoure. A côté de cette montagne, qui se baigne au loin dans la rivière de l'Assomption, ne voyez-vous pas la vallée qui conduit à St-Alphonse? Elevonsnous sur une de ces hauteurs et contemplons un instant cette chaîne douce d'élévations moyennes entrecoupée de forêts et de champs cultivés, laissons nos regards errer de colline en colline dans cette immense circonférence. Comme chaque rayon présente un aspect différent, mais enchanteur et digne d'examen ! Ici c'est une croupe légèrement arrondie que la charrue du laboureur a contournée cent fois; son flanc dépouillé conserve encore, ici et là, quelques vieux pins qui meurent de tristesse dans la solitude où la hache du bûcheron les a plongés; plus loin c'est une vallée profonde et toute couverte d'une belle moisson, courbée dans ses contours comme un arc sous-tendu au loin, riche morceau de terre où les familles se groupent de préférence. Ailleurs sur le haut, sur le penchant, comme au pied des mamelons en friche, qu'on dirait distribués avec un art tout particulier pour cet objet, de gras pâturages récèlent un nombreux bétail. Protégés contre les feux du soleil par de frais ombrages et par d'inépuisables ruisseaux, ces animaux sont une vraie richesse pour ceux qui les traitent avec soin. Enfin de tous côtés s'étale

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