CHAPITRE HT
Qui aurait dit qu'on y pouvait circuler avec une si grande aisance ? Voilà donc une trouée bien faite et déjà maintenant tout change d'aspect. Voyez-vous ce chemin de traverse qui débouche dans le nôtre, il court sur le revers de la montagne et donne accès à de magnifiques sucreries qui sont là à quelque distance. Ce que nous en voyons dans le moment n'en est que l'annonce pour ainsi dire. En effet ce terrain, bien qu'élevé, devient régulièrement plan sur un espace considérable, des défrichements sont faits dans ces érablières même, et plusieurs colons y ont fixé leurs demeures. Traversons la rivière sur le pont des sept chiites, voici un autre chemin qui se dirige vers l'Est. Au delà des collines qui sont en face de nous, des établissements importants ont été faits depuis quelques années. Des lots d'excellente terre sont cultivés avec succès, un moulin vient d'y être construit, le village y surgira tôt ou tard sans aucun doute. Un homme d'entreprise et d'énergie, M. Martel, y a mis tout son avoir.
Hâtons-nous de franchir le terrain ou plutôt les rochers des sept chûtes. Ici, sur une longueur de quarante arpents, il n'y a pas de colonisation possible ni auprès, ni à distance du chemin. D'énormes blocs de granit, superposés parfois jusqu'à une altitude considérable, s'élèvent à côté, en face et derrière nous ; cette stratification gigantesque, disposée irrégulièrement et sur laquelle ne se produit aucune végétation, forme une surface lisse, souvent verticale, partout noircie par la pluie, l'air et le soleil. Il était difficile
de faire passer un chemin à travers ces crêtes de rochers dont la mine et le marteau néanmoins ont fini par avoir raison. M. Brassard, il y a dix ans, a fait là des travaux qui sont encore bons aujourd'hui.
En amont des chutes, le terrain redevient uni : la rivière Noire que nous côtoyons tantôt de près, tantôt de loin, donne une vallée passablement large ; le sol en est de bonne qualité, le bois qui y domine est le merisier blanc, dont les proportions se soutiennent et en font un arbre d'une grosseur et d'une hauteur extraordinaires. Il y a par endroits une grande quantité d'épinettes rouges très-grosses aussi et d'une longueur non commune. Nous trouvons ici quelques défrichements et cinq ou six maisons. En observant toutes choses avec attention, l'on est surpris de la profondeur de la couche de terre et de la facilité avec laquelle elle peut être travaillée, lorsque les pierres qui paraissent à sa surface en ont été enlevées. Toutes ces roches sont à fleur de terre et il reste un sol profond de terre grasse qui est très- productive. Nous sommes ici dans une vallée qui peut avoir un mille de largeur et qui s'étend jusqu'à cette autre montagne escarpée qu'on appelle la Grande muraille. Cette vallée mesure ainsi une longueur d'environ deux lieues. Elle est coupée en son millieu par la rivière Noire, et, par-ci par-là, nous voyons d'assez grandes clairières d'aulnages et de foin bleu. Nul doute qu'on y puisse faire plusieurs établissements prospères qui abrégeront la distance sans habitations jusqu'à Mantawa. Vers le milieu de cette vallée, lorsqu'on a fran-