‹ La bourse et la vieChapitre 33 sur 135 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

fin d'avril de l'année 1867, je fis commencer les semences sur un terrain préparé dès l'automne précédent. Ce fut le 24 de ce mois qu'on y sema les premiers grains ; le 16 de mai tout était fini. J'avais réussi à faire semer vingt-huit minots et un quart d'avoine, un demi-minot de blé, un demi-minot de seigle et un quart de minot de sarrasin. Au commencement de septembre, mon homme leva du champ et mit en grange dix-sept cents gerbes d'avoine. Après l'opération du battage, on en mesura trois cent cinquante-deux minots. Le demi-minot de blé en produisit quatre minots et trois quarts, le demiminot de seigle six minots et demi et le quart de sarrasin nous donna seize minots. Tous ces grains avaient parfaitement mûri, n'avaient aucunement souffert de la gelée et auraient pu soutenir comparaison avec les plus beaux du district sans trop d'infériorité. Je cite la première année de ces travaux parce que c'est ordinairement celle dans laquelle il est le plus difficile de se procurer du bon grain. Le fourrage est presque toujours en abondance, mais souvent la qualité du grain n'y correspond pas. Tout dépend de la préparation. Il est bon d'observer que pour obtenir ce résultat, j'ai dû préparer le terrain dans le cours de l'automne précédent, en sorte qu'aux premières chaleurs du printemps, la neige, n'étant à l'abri d'aucun embarras d'arbres ou de broussailles, a fondu sous les premiers feux du soleil d'avril et que le 24, comme je l'ai dit, nous pouvions déjà commencer les semences sur une terre en or-

dre. C'est ce qui explique la parfaite maturité de ces grains dans le temps propice.

Assez souvent dans les terres nouvelles les récoltes sont détruites par les gelées d'automne. Il n'y a rien en cela de surprenant, si l'on fait attention au temps et à la manière dont on prépare trop souvent la terre. C'est une habitude malheureusement trop générale chez ceux qui commencent à défricher, d'abattre le bois à la fonte des neiges ou même avant, dans les mois de janvier et février. Ce bois doit être séché au soleil du printemps avant d'être consumé par le feu. Or il arrive d'ordinaire que ce bois n'est suffisamment sec qu'à la fin de mai ou dans le cours de juin, quelquefois même à la fin de ce mois. Après le premier feu, tasser le bois de nouveau, faire brûler encore, arracher quelques souches, nettoyer le terrain pour y passer la herse, tout cela prend un temps considérable, un temps des plus précieux vu la saison, et quand enfin les préparatifs d'ensemencement sont terminés, l'été arrive, on s'obstine à semer malgré tout, et pour peu alors que la sécheresse s'en mêle, la levée des grains retarde, leur pousse languit, d'où il résulte que de telles moissons ne peuvent arriver à maturité avant les fortes gelées d'octobre qui les détruisent. L'on aurait donc bien tort de rejeter sur l'éloignement et la position des cantons du nord les gelées qui se font sentir sur leurs terres et qui finissent par détruire les récoltes qui leur sont confiées dans de telles circonstances. Moyennant certaines précautions de rigueur, avec un travail judicieux et

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