CHAPITRE VII
cette dette au prix de tous les sacrifices possibles, on satisfait à toutes les exigences, on se met à l'aise, la situation devient bonne, et le nom, le crédit reviennent promptement. Le vaillant colon dont je parle se mit donc à l'ouvrage avec ardeur, avec courage, disons le mot, avec une espèce de fureur. Il augmenta même sa dette en achetant à crédit du grain de semence ; l'ayant vu à l'œuvre pendant toute une saison, on ne craignit pas de lui avancer. Une bonne récolte lui advint, il fut payé en proportion de son travail, il remit son grain de semence et se hâta de diminuer sa dette dès cette première année. Poursuivant ses travaux avec la même activité, la même vigueur, le même discernement, il sut l'année suivante faire honneur à ses affaires, et le voilà maintenant chez lui propriétaire assuré et plus que jamais confiant dans l'avenir. Soixante arpents de terre bien nettoyés, en ordre parfait.de culture, bonne maison, dépendances convenables, tel est son avoir qui est estimé à quinze cents piastres. Et cependant il n'y a que trois ans qu'il est établi sur les lots qu'il a choisis. Avis à qui de droit, c'est-à-dire à tant de pères de famille qui peuvent encore imiter notre colon.
Un autre est arrivé ces années dernières dans des circonstances également défavorables. Norbert Provost avait une dette de trois cents piastres quand il est venu se fixer à Mantawa. Doué d'une grande énergie, absorbé dans une idée, celle de se racheter en se libérant de toutes ses obligations, il donna l'exemple de la persévérance dans le travail ardu de la
préparation de ses terres. Celles-ci l'ont payé outre mesure des sueurs dont il a su les arroser ; en ce moment cet homme ne doit plus rien, il est bien établi : une maison confortable, des constructions de ferme bien appropriées, donnent à son établissement une valeur d'au moins mille piastres. Voilà ce qu'il a gagné dans l'espace de trois ans. Vous, cultivateurs des grandes paroisses de la plaine qui lisez ces lignes, trouvez-moi quelqu'un qui fera mieux sur vos belles terres, ou plutôt, je m'exprime mal, trouvezmoi quelqu'un qui en fera autant, la moitié même dans des circonstances semblables. On réussit donc a Mantawa, la chose est patente, c'est un lieu de succès, c'est un pays d'avenir. Voilà des faits qui le prouvent.
Les deux côtés de la rivière Mantawa, dans la direction de l'ouest vers lequel nous sommes tournés en ce moment, sont plans, composés de bonnes terres, parfaitement cultivables, aisés à nettoyer, et arpentés jusqu'à la ligne extérieure des cantons Brassard et Provost. Un certain nombre d'établissements bordent déjà cette rivière, il y a même deux colons fixés à cinq milles au delà du rapide Brûlé, mais que de belles terres restent encore à la disposition du public jusqu'aux limites de la paroisse, que de familles pourraient vivre à l'aise et couler paisiblement des jours heureux sur les bords de cette rivière ! Espérons qu'elles se couvriront bientôt de nombreuses habitations, d'agréables demeures, et que l'on appréciera cette partie comme elle mérite de l'être.