‹ La bourse et la vieChapitre 43 sur 135 · CHAPITRE YTI · texte numérisé non relu

CHAPITRE YTI

Changeons maintenant de direction dans l'examen du territoire de la paroisse de St-Michel-des-Saints et tournons nos regards vers le nord-est. Nous voyons toujours la Mantawa qui serpente à travers un paysage remarquablement plan. Dans ses longs et tortueux replis, elle enserre des langues de terre d'une grande étendue où s'étalent avec grâce de superbes constructions qui font la surprise des chercheurs de lots. Des fermes bien nettoyées, ornées de jolies bâtisses, avec un personnel nombreux se renvoient de joyeuses acclamations d'une rive a l'autre ; ces établissements sont presque tous à la suite les uns des autres et sur la rivière même : aujourd'hui il n'y a que peu de terres à prendre dans cette partie sur les bords de la Mantawa jusqu'au lac des Pins. Mais les second, troisième et quatrième rangs parallèles sont en grande partie disponibles. Quelques-uns de ces lots sont occupés, il en reste néanmoins en abondance pour tous les goûts et tous les genres de travaux. Un bon chemin conduit du mont Roberval au lac des Pins, et de ce chemin central, l'accès aux rangs de profondeur est facile. Les ravages que le feu a aussi exercés de ce côté ont rendu ce terrain passablement libre d'embarras. Je me rappelle qu'une fois dans une excursion au lac des Pins, m'étant élevé sur le coteau qui Pavoisïne au nord-ouest, j'y fis une promenade d'une demi-journée aussi facilement que si j'eusse été dans un chemin de voitures parfaitement déblayé. Ma vue plongeait à une grande distance sur un terrain uni ; la rivière du Milieu, le ruisseau des Aulna-

ges arrosent et fertilisent ces terres, qui, comme prime d'encouragement, offrent aux colons un sol entièrement dépouillé de sa forêt.

C'est aux environs de cette localité qu'un nommé Morrissette alla planter sa tente il y a quelques années. Comme la plupart des colons de Mantawa, il y arriva pauvre, très-pauvre, ce qui veut dire sans moyens, sans ressources pécuniaires. Ce père de famille plein de courage et de bonne volonté choisit un lot aisé à défricher. Il s'y installa sans délai, se mit à l'ouvrage immédiatement. Il n'y avait pas non plus à balancer, il fallait tirer du sein de la terre sa nourriture, celle de sa famille,et trouver le moyen de régler, en outre, certaines affaires pécuniaires antérieures à son immigration dans la Mantawa, toutes choses propres à occuper sérieusement l'esprit d'un homme qui possède même un certain capital. Et comme était au commencement le susdit colon, c'est-à-dire quand on n'a rien du tout, quand il faut prendre sur le sol que l'on cultive tout ce que je viens de mentionner, il y a vraiment de quoi préoccuper l'intelligence la mieux ordonnée ; la qualité des entreprises doit en compenser la multiplicité et l'on doit avoir un jugement sûr afin de mettre tout à profit. M. Morrissette fut un de ces hommes qui s'occupent uniquement et activement de leur affaire de manièie à la mener à bonne fin, malgré toutes les difficultés de la situation. Son état si précaire au commencement s'améliora peu à peu, il employa quelques années de plus à le refaire complètement, puis enfin il sortit victorieux

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de la lutte, comme on peut le voir aujourd'hui par le fait que ce cultivateur bien établi vaut au moins deux mille piastres à l'heure qu'il est.

Ce serait bien le lieu de citer ici encore la famille Ferland, dont le père, arrivé en 1868. a su, par ses talents et son énergie, refaire une petite fortune délabrée, et procurer à tous ses enfants des propriétés de valeur sur lesquelles ils sont présentement établis. Vaillant pionnier de la colonisation dans la Mantavaisie, il mourut sur 3a brèche et les armes à la main, en donnant l'exemple de la patience et de la persévérance dans l'œuvre du défrichement des terres nouvelles. La colonie a perdu en lui un homme sage, plein de mérite, un citoyen de bon conseil. Sa mémoire est bien conservée et sera longtemps mentionnée avec honneur. Il a fait une œuvre durable et sa famille bénificiera longtemps de sa généreuse initiative dans ces terres nouvelles.

Le lac des Pins que nous pouvons d'ici contempler à l'aise est un cercle d'eau d'environ deux milles de diamètre. De grandes îles semblent en être la limite vers le sud. Elles sont formées par la rivière, qui, en divisant ses eaux, rapproche ses rives, tout en conservant une largeur et une profondeur suffisantes pour ne point gêner la circulation des embarcations ordinaires. Ces îles sont couvertes de belles prairies et ont été d'un immense avantage aux premiers habitants de ces lieux. A l'extrémité nord-est du lac des Pins, le fond de la rivière se soulève, ses rives se resserrent, il en résulte un rapide assez considérable,

mais qui n'est pas long. On le saute en canot assez facilement. Ses flots redeviennent calmes à une courte distancé, ils se reposent quelques minutes dans un bel étang de forme trapézoïde, et après avoir, d'un commun accord, caressé gracieusement la grève qui les reçoit, ils reprennent leur cours tranquille et régulier. Ils baignent des rives d'une terre grasse au sud, quelque peu sablonneuse au nord. Une suite régulière d'établissements peut être alignée sur cette partie nord de la rivière jusqu'en bas de l'île de France, c'est-à-dire sur une distance d'environ deux lieues. Les embouchures des deux rivières du Milieu et du lac Clair ne seraient que des augmentations d'agréments dans ce paysage cultivé. Et puis les côtés respectifs de ces deux grands cours d'eau donnent un terrain plan, de bonne qualité et facile à cultiver. Ils peuvent répondre à toutes les exigences d'établissements de première classe. Il y a de grands brûlés aux environs qui laissent voir une large plaine dont la bordure forestière est à une lieue de là. En explorant ce territoire, j'ai battu et rebattu cette forêt du nord étant un jour à la recherche d'un fameux ruisseau que je désirais voir depuis longtemps, où la renommée faisait couler un sable d'or, et sur les bords duquel je voulais au moins me désaltérer. Je me rappelle avoir découvert ce filet d'eau, après de longues et de pénibles marches, dans les grandes et verdoyantes forêts qui séparent, à deux ou trois lieues de profondeur, les rivières du Milieu et du lac Clair. Le roi Midas ne s'y était point baigné. Loin

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