‹ La bourse et la vieChapitre 45 sur 135 · CHAPITRE VII. llo · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. llo

arrive la décharge de deux grands lacs qui sont à quelque distance en profondeur. Le premier est étroit mais très-long, on dirait qu'il est barré au milieu par deux langues de terre très-rapprochées rune de l'autre, et qui semblent se croiser de quelques pieds ; on le nomme le lac des Pointes, à cause des longues franges dont ses rives sont dentelées. A l'extrémité sud de ce lac, il y a un très-court portage qui mène au lac Ignace. Celui-ci paraît entouré de terres remarquablement fertiles. Sur la droite, mais à une bonne distance, une large colline couverte de bois francs court dans la direction des deux lacs que je viens de nommer ; elle part de la Mantawa sur le même niveau que la rive opposée, se soulève graduellement à mesure qu'elle s'en éloigne, puis elle va se rattacher au groupe de la chaîne des Laurentides dont elle se trouve ainsi l'un des puissants contreforts. De quelque côté que l'on regarde, à peu d'exceptions près, ce n'est partout qu'une plaine verte et riante qui semble étonnée de se voir encore sans habitants. En foulant du pied ces belles terres qui ont été si longtemps inexplorées mais qui commencent a être connues maintenant d'un grand nombre de personnes, l'on est saisi malgré soi d'un sentiment de peine de ce que tant de bras robustes et vigoureux, désertant ces lieux enchanteurs, refusent de s'approprier les trésors d'abondance que le Créateur a déposés dans leur sein. Il est certain pourtant qu'un homme de cœur n'aurait qu'à frapper ces terres de quelque coup décisif pour en faire surgir d'enviables

moissons. Le blé peut y croître assurément et rémunérer par un bon rendement le propriétaire qui en entreprendra la culture. Ceci ne fait doute pour aucun de ceux qui ont examiné avec attention la qualité de ce sol. Si l'on ne s'en est pas encore emparé, c'est que l'on cherchait à se grouper de préférence auprès des établissements déjà faits, le moins loin possible de la chapelle et des moulins, et que d'un autre côté il manquait des arpentages. Mais très-certainement le temps arrive où ces terres seront prises et cultivées avec soin comme avec succès.

Il reste maintenant à parler de la rive sud de la Mantawa depuis la ligne du district jusque au lac Kaïakamak. Il y a dans cet espace des terres d'une fertilité étonnante. La rugosité de leur surface paraît être au premier coup d'œil un obstacle à la colonisation, mais la chose est plus apparente que réelle. Traversez ces milliers d'acres de terre dans le sens que vous voudrez, vous serez toujours surpris de ne point arriver à ces précipices que votre imagination avait créés. Derrière les montagnes du Kaïakamak vous croiriez que la nature bouleversée a creusé des gouffres et ouvert des abîmes ou que d'autres montagnes en arrière du premier rang sont assises l'une sur l'autre comme Pélion sur Ossa ; point du tout, il n'est rien de cela, le niveau général se maintient à une certaine hauteur, il est vrai, mais le sol n'en est que plus ferme et la forêt plus belle : on voit aujourd'hui dans cette direction des lots qui sont cultivés avec avantage.

OHAPITIiE VII. 113

Toute la rive sud de la Mantawa, vis-à-vis la chapelle de St-Michei-des-Saints, est couverte d'habitations, les terres se prolongent en arrière, à côté de la montagne du lac et présentent un terrain favorable à la colonisation. C'est là et avoisinant les habitations vers l'est que se trouve le terrain affecté aux établissements religieux de la paroisse. Il consiste en trois cents acres de terre achetés et donnés par M. Brassaid. C'est l'endroit qu'il avait d'abord choisi pour y ériger l'église et le presbytère. En face du mont Roberval, sur la berge même de la rivière, non loin du moulin, dominant la plaine du Kaïakamak et celle du lac des Pins, au milieu du vaste et fertile terrain qui appartient à la mission, le prêtre résident eût joui vraiment de la plus belle position. Autorisé par Monseigneur de Montéal à fixer le site de l'église, M. Brassard y érigea le 13 septembre 1863 une croix que l'on y voit encore aujourd'hui : ce jour-là était la date anniversaire de notre passage et de notre campement dans ces lieux l'année précédente. Plus tard, en 1870, le placement des colons ayant rendu désirable un changement de localité pour les édifices religieux, avant d'en autoriser la construction, l'autorité ecclésiastique choisit un nouvel emplacement sur le côté opposé de la rivière à quelques arpents plus haut que le premier. C'est le lieu que nous avons mentionné déjà au sud-ouest du mont Roberval. Ce lieu répond admirablement aujourd'hui aux exigences de la desserte, et sans doute y répondra toujours convenablement, eu égard aux limites natu-

relies de la mission, lesquelles s'étendent à cinq ou six milles de chaque côté. Voici ces limites qui font voir la chose très-clairement et qui la mettent au dessus de toute contestation raisonnable : — i° à l'est, la grande ligne du district des Trois-Rivières, — 2° au sud, la perpendiculaire sur cette ligne qui coupe la rivière Sauvage ou le Darro sur le cinquante-troisième lot au point où le chemin la traverse, — 30 à l'ouest, l'extrémité occidentale de la vallée des Aulnets, au delà du rapide Brûlé, — 40 au nord, les cinq rangs de profondeur du canton Brassard. — Les diagonales de ce grand quadrilatère se coupent au mont Roberval, cest-à-dire à quelques arpents de la chapelle paroissiale. Il est aisé de constater ainsi que le choix d'abord fait par M. Brassard comme le centre de la future paroisse et quelque peu modifié plus tard par l'autorité ecclésiastique, est judicieux et bien motivé.

Je ne puis descendre de notre observatoire du mont Roberval sans attirer l'attention sur les terrains du lac à la Truite, terrains plans et fertiles s'il en existe. Le révérend M. Gaboury, curé de St-Marcel et M. l'arpenteur Jérémie Laporte possèdent, dans les environs, de magnifiques établissements qui partent de la rivière Mantawa et qui correspondent à ces riants domaines. Je viens de citer deux noms bien connus, avant d'aller plus loin, rendons hommage au mérite et disons en passant que l'un et l'autre de ces Messieurs ont rendu d'importants services à la colonisation de la Mantawa, tant par les encouragements

Page 1