‹ La bourse et la vieChapitre 44 sur 135 · CHAPITRE YII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YII

d'être un Pactole, c'était dans le temps, un ruisseau isolé, ignoré, caché sous un épais rideau d'aulnages et roulant un sable micacé dans une eau rougeâtre. La prétention d'y trouver de l'or ne m'a pas paru soutenable ; nous y avons par contre trouvé des traces assez sérieuses d'un minerai de fer pour nous laisser soupçonner l'existence de quelques gisements considérables de ce métal dans les alentours.

Dans mes recherches et dans l'examen des bois, des terres si magnifiques que j'avais sous les yeux, je m'étais laissé entraîner par une légitime curiosité loin de mes compagnons, si loin qu'il me devenait presque impossible de les rejoindre dans la même journée. Quand je m'aperçus de cette distraction, il était tard le soir, la nuit se faisait. Me trouvant alors dans un bois de gros bouleaux, dont les troncs blancs étaient hérissés d'une fine écorce soulevée et tordue sur elle-même, je m'avisai d'y mettre le feu afin que mes compagnons, à ce signal, pussent faire la moitié du chemin à ma rencontre. J'en allumai trois et ce fut tout-un spectacle. Une flamme pétillante les entoure à l'instant, elle les bat, elle les lèche, elle les enveloppe, elle les entortille d'un rideau de feu : elle tourbillonne, et d'épais rouleaux de fumée la précèdent dans l'air. Cet incendie éclaire en dessous la forêt qui se teint d'une couleur de sang. La réverbération s'étend de tous côtés sur un long rayon. Un sourd grondement, pareil à de grands bruits souterrains, porte au loin l'annonce de l'incendie. La terre tremble sous mes pieds. Lorsque le gros de la fiam-

me a fini sa course de bas en haut, il reste quelques bouquets de feu suspendus dans les branches. Vus à distance, ce sont comme des étoiles perdues dans la forêt. Bientôt ils retombent en se divisant à l'infini comme de vraies fusées. Un télégraphe de cette nature, à cette heure du soir, avertit de bien loin. Mes compagnons répondent à l'instant de la même manière ; le télégraphe devient téléphone, car l'ébranlement de l'air se fait jusqu'à nos stations respectives et nous nous entendons parfaitement. Quelques torches de bouleau éclairent la route des deux côtés et en peu d'heures, la distance est franchie. A minuit nous nous retrouvons.

Tout le bois qui n'est pas brûlé entre les deux rivières est d'une pousse forte et vigoureuse. Le sol est généralement bon. Deux ou trois établissements sont faits dans cette direction.

La grande vallée qui borde les deux rives dé la Mantawa depuis le lac des Pins s'élargit encore à mesure que l'on descend le cours de cette rivière. A cinq ou six milles du lac, celle-ci se divise et enserre une île, dont la forme est à peu près celle d'un parallélogramme ; elle est grande, il faut six heures de marche en canot pour en faire le tour. Elle est en partie couverte de beau bois, le frêne et l'orme dominent sur ses bords, la terre est bonne partout. Elle renferme une assez haute montagne du haut de laquelle le point de vue es-t magnifique. Nous avons appelé cette île dans le temps, l'île de France. Non loin de la tête du chenal qui descend vers le sud,

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