CHAPITRE VIII
grandes lignes qui bornent cette vallée en largeur ne sont ni droites ni régulières ; tantôt elles se rapprochent, tantôt elles s'éloignent de la rivière Mantawa. Quelques chaînons détachés de montagnes, surtout dans la partie inférieure, viennent baigner leurs pieds dans les rapides de la rivière, mais en général on peut dire que c'est un terrain favorable à la colonisation et dont la surface est passablement uniforme. A la hauteur de cette latitude que je viens de mentionner, et principalement vers le haut de la rivière, le pays n'a plus alors sur presque tous les côtés que l'apparence d'une plaine sans bornes. La perspective s'étend au loin vers le sud jusqu'à la ligne bleue des montagnes qui dentelé l'horizon, sur tous les autres points la vue est libre de toute élévation. Ce n'est généralement qu'une forêt, il se rencontre néanmoins par intervalles quelques clairières de prairies. J'en citerai une en particulier à quelques milles au-dessus du lac Bourget, dont la superficie renferme deux à trois milles acres de terre. En deux endroits différents sur le cours de la rivière dans cette partie supérieure, de légères éminences empêchent la navigation par les rapides qu'elles forment? cependant la dénivellation du plus grand des deux ne peut guère être estimée à plus de cinquante pieds. La rivière Mantawa prend ses eaux sur le même plateau que la rivière Rouge, tributaire de l'Ottawa. En laissant le lac Bourget pour remonter vers sa source, nous arrivons bientôt à un endroit où cette rivière se divise dans la partie nord d'une grande baie,
le bras sud-ouest est le maître-courant, et environ deux milles plus loin elle se divise encore. Un troisième, un quatrième, puis un cinquième embranchement se succèdent à distance égale d'un peu plus d'un mille : finalement après quelques nouveaux détours, nous venons avec beaucoup de difficultés et de grands embarras à une sixième division au delà de laquelle il est impossible de remonter en canot. Plusieurs courants arrivent de toutes les directions, principalement du sud-ouest, de l'ouest et du nord. Un assez grand et joli bassin reçoit tous ces filets d'eau. De là, une marche de deux heures nous conduit sur un vaste plateau où les eaux se séparent : les unes descendent dans la direction que je viens d'indiquer, les autres coulent au sud, vers l'Ottawa : ce sont les ramifications de la branche est de la rivière Rouge. Plus loin, toujours en avant, un fort courant arrive de plus haut, ses ondes se sont séparées à quelques lieues de là de celles de la rivière du Milieu ; c'est la grande branche ouest de la rivière Rouge qui, descendant jusque près du lac Noniiningue, fait alors un coude vers Test pour aller se rattacher à la première un peu plus bas. Ainsi il y a là un vaste et magnifique plateau superbement arrosé par ces trois rivières dont les subdivisions fertilisantes font de cette contrée un endroit beau, remarquable et fort important. C'est le point de jonction des gran des vallées de la Rouge et de la Mantawa qui, s'adjoignant ainsi l'une à l'autre, présentent le plus théâtre à la colonisation.