CHAPITRE IX
fer un bénéfice qu'il a intérêt à ne pas négliger. A peine le nivellement d'une partie de la ligne du lac St-Jean est-il fait que déjà cette ligne est couverte de bois de charpente, de bois de chauffage et de billots, toutes choses qui promettent un bon et sûr trafic. Quant à l'exploitation des forêts des montagnes et de celles de la Mantawa, il serait fastidieux d'attirer sur ce point l'attention des entrepreneurs et des commerçants autrement que par une simple mention. L'importance de la question s'impose d'ellemême et donne la mesure des bénéfices que les vendeurs, les actionnaires et les commerçants seraient en droit d'en attendre. Le combustible se vend à un prix élevé dans les grands centres, le bois de charpente, le madrier, la planche, le bardeau, le bois de clôture, tout est en demande et se vend bien partout. Le marché de ces différents articles étant bon, la source qui les fournira sera une mine précieuse. Et les propriétaires des limites forestières, ces grands commerçants qui transportent nos forêts sous une autre forme dans tous les pays du monde, ne font-iis pas à eux seuls une dépense énorme pour l'approvisionnement de leurs chantiers? Cette dépense, ne la verseraient-ils pas sur la ligne d'une voie ferrée ? Que Ton veuille bien observer encore qu'il y aura des chantiers a faire dans quarante ans comme aujourd'hui, si le feu ne dévaste point nos forêts. Je ne sais si je m'abuse, mais il me semble que la première ligne de chemin de fer qui traverser. rentides sera singulièrement favorisée.
Maintenant que cette ligne parte d'un point ou d'un autre pour arriver à Mantawa, la chose peut ne m'être pas tout à fait indifférente, mais je ne veux ni ne désire faire aucune suggestion particulière, ce serait contre mon intention de susciter des récriminations de localité. Ce que je tiens à faire connaître c'est la possibilité, la facilité même de faire un tel chemin à travers les montagnes. Les quelques observations que j'ai à soumettre ici, avec prudence d'abord et ensuite avec toute l'exactitude possible, sont de nature à montrer et font voir réellement que la construction d'une voie ferrée vers ces régions ne demande qu'un travail ordinaire.
Je dis donc que j'ai traversé la chaîne des Laurentides en sept endroits différents depuis la ligne du district des Trois-Rivières jusqu'à celle du district d'Ottawa. Dans les distances à peu près parallèles de douze et quinze lieues que j'ai eu occasion de parcourir, tant pour le tracé et l'ouverture de quelques chemins que pour l'exploration et l'examen de ces terres, je n'ai point trouvé de surface plus avantageuse pour localiser un chemin à lisses que n'en offre à peu de chose près aujourd'hui le chemin Brassard. Encore une fois, je ne saurais prétendre qu'il n'en existe point d'autres, mais je crois qu'il serait difficile de trouver une ligne plus unie dans tout ce territoire. En effet prenons momentanément Joliette pour point de départ. De Joliette à Ste-Emmélie, par St-Jean-de-Matha, la différence de niveau, telle que mesurée au baromètre, n'est que de quatre