‹ La bourse et la vieChapitre 72 sur 135 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

milieu des montagnes, a su tenir en échec pendant quatre siècles toute la fortune et la puissance de l'empire ottoman ! Nos montagnes pourraient être aussi un jour un boulevard de liberté, une barrière infranchissable à toute armée qui envahirait notre pays : habitées et cultivées elles seraient notre salut, car nous y pourrions puiser les ressources nécessaires; Les populations groupées en arrière continueraient d'y vivre en pleine sécurité. Du haut de ces remparts crénelés, élevés par le bras tout-puissant du Créateur, nous pourrions voir flotter à toute heure et sans trembler le drapeau de la liberté sur la tête de nos ennemis, nous pourrions même leur crier comme ce héros des siècles passés : « Viens si tu l'oses. » Oui, que le feu de la guerre éclate sur nos rives, tout l'avenir du pays se concentre dans nos montagnes et dans tout le territoire au delà. Ainsi, puisqu'il peut se préparer dans notre avenir des choses d'une gravité telle que cet avenir, ici comme ailleurs, pourrait être mis en danger, il est donc rationnel de chercher à s'assurer un agrandissement de territoire dans des endroits où l'indépendance et la nationalité canadiennes seront toujours à l'abri.

Passons à un autre genre de considérations. Eu égard à la qualité des terrains, la colonisation n'a peut-être pas été aussi vite en ces lieux qu'on aurait pu s'y attendre. Mais aussi qui aurait pu prévoir tant de mauvais rapports, tant de verbiage à tort et à travers ? Par ce qui en a été dit de temps à autre et dans toutes les directions, on a pu croire en effet

que tout était, dans ces cantons, au rebours des autres. On a presque laissé entendre que les arbres y perdaient leur écorce et non leurs feuilles, que les fruits y croissaient le noyau en dehors, que les Heurs y étaient sans parfum, les plantes sans vertu, les oiseaux sans voix. Tout cela est le fruit d'une crédulité fort niaise et trop souvent, par malheur, d'un voyage fait à la légère, sans précautions, sans calculs, sous l'impression du moment et sans avoir la moitié du nécessaire pour un tel voyage. Combien de personnes, pour ma part, n'ai-je pas rencontrées, réduites par la fatigue, en proie à la faim, découragées par le mauvais temps, sans abri sur la route ! Un homme sur lequel toutes ces contrariétés tombent à la fois, sans qu'il les ait prévues, sans même qu'il s'en soit douté, se désenchante très-vite des châteaux en Espagne qu'il a bâtis dans sa maison, au coin de son feu. Il ne franchit pas même toute la chaîne de montagnes, il rebrousse chemin de mauvaise humeur et jure qu'on ne l'y prendra plus. Puis il raconte son voyage, comment il a perdu ses effets, usé ses chaussures, retaillé ses pantalons, effilé tous ses habits dans les roches, les cèdrières, les brûlés, les ren versis, les savanes ; il énumère les flaques d'eau où il a barbotté dans la boue à moitié jambes après s'être écarté dans le bois. Il recompte ses déceptions une à une, donne ses impressions comme il les a reçues, à travers le prisme d'une fort mauvaise humeur, et finit par certifier que Mantawa est un pays affreux. L'on conçoit que de semblables données sont rj<

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