CHAPITRE X
ture à dérouter bien du monde. Et pourtant voilà très-souvent quel a été le résultat du voyage d'un homme parti pour aller visiter la Mantawa et qui s'en est à peine rendu à moitié chemin.
D'autres se sont rendus à St-Zénon et même à St- Michel-des-SaintS, mais il a été impossible de leur faire faire un mille de plus pour visiter les terres. Leur rapport sur Mantawa serait à peu de chose près celui d'un visiteur étranger qui, n'ayant jamais vu Montréal, s'étendrait avec force détails sur les rues, les édifices, les places publiques, parce qu'il se serait rendu à Hocheîaga. Nos établissements sont à l'entrée de la Mantavaisie, et pour juger de la moindre partie de ce territoire, il faut au moins se donner la peine d'en parcourir quelques lieues au nord, au sud, à l'est et à l'ouest, descendre et remonter la rivière, puis de distance en distance sonder les profondeurs. Celui qui veut parler des terres avec connaissance et raison, n'a pas qu'à gravir une hauteur et chercher de l'œil dans le lointain ce qui peut lui convenir. Mais il en est de plus sages et qui, instruits par une double expérience, y sont allés en vrais voyageurs, dans le but de se renseigner d'abord et ensuite de renseigner les autres. Ceux-ci ont franchi les Laurentides, descendu et remonté les différents cours d'eau, pénétré dans l'intérieur, et après un attentif et un sérieux examen, sont revenus enchantés de leur voyage, munis de renseignements : ils nous ont trouvé même extrêmeréservés dans nos appréciations. Le fait est
qu'il y a là une colonisation avantageuse à faire, nous croyons l'avoir montré suffisamment, et le temps maintenant nous donnera plus ample raison.
Il est une difficulté que l'on élève à propos de l'établissement de ces cantons de la Mantawa et que l'on formule à peu près en ces termes : « Pourquoi h ailer si loin tout d'un coup, vous ne savez pas ce « que vous faites, vous vous ruinez sans profit, avan- « cez donc graduellement plutôt. » En résumé, la colonisation à distance, voilà l'objection. Et cependant, observerai-je à ceux qui la formulent, en quoi les bords inhabités du golfe et du fleuve St- Laurent ont-ils affecté les premiers établissements de ce pays ? En quoi les centaines de milles inhabités de la rivière St-Jean ont-ils affecté les établissements de la Madawaska ? En quoi les quatre-vingt-dix ou cent milles de la rivière Gatineau ont-ils affecté les établissements de la rivière du Désert ? En quoi toute la longueur sans habitations de la rivière Saguenay a-t-elle affecté les établissements de cette vaste région du lac St-Jean ? Dira-t-on qu'il y avait moins de difficultés à faire cent, ou cent vingt, et jusqu'à cent quatre-vingt milles en canot sur des rivières rapideuses et dangereuses, chargé de tout le bagage nécessaire pour un établissement, que de faire douze lieues en charette, quelque mauvais que l'on suppose le chemin ? Vingt portages, à eux seuls, sur une telle distance n'occasionnent-ils pas plus de troubles et de misères que vingt lieues du plus mauvais chemin ?