CHAPITRE XII
s'échelonner avec rapidité sur leurs parcours, quelquefois à deux et trois rangs de profondeur, quand, du reste, les terres sont colonisables. Il en a été ainsi dans les cantons de Gaspé, de Bonaventure, au Saguenay, dans les cantons de l'est et dans l'Ottawa. C'est une vérité unanimement reconnue que c'est le moyen le plus efficace d'avancer la colonisation, et si les sociétés organisées dans le but d'activer cette œuvre eussent consacré leurs ressources à cette fin au lieu de distribuer des secours en argent ou en nature à des individus ou à des familles qui ne leur offraient aucune garantie d'établissement, elles seraient arrivées à de bien meilleurs résultats. Il a fallu une énergie, un travail et une constance hors ligne pour arriver à Mantawa et y demeurer dans les premiers temps ; les épreuves, les pertes, les mécomptes que nous avons eu à subir, faute de chemins, sont à peine descriptibles. Il semble que l'on devrait aujourd'hui tenir quelque compte de tout cela et favoriser par le parachèvement d'un bon chemin principal, et la circulation de ceux qui y sont établis, et l'arrivée de ceux qui n'attendent encore que cela pour s'y aller fixer.
Pendant toute l'année 1863, M. Brassard s'occupa de défrichements et de constructions. Les saisons de l'hiver et du printemps avaient été défavorables, mais celles de l'été et de l'automne furent très-belles, en sorte qu'il put faire beaucoup d'ouvrage. Ces travaux lui coûtaient à la fin de cette première année frois mille six cents piastres. Le mou-
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lin qu'il construisit au pied de la chute devint prêt vers 1a mi-septembre, et de suite l'on se mit à scier ; 933 morceaux de bois furent livrés quelques jours après. La population ne se composait encore que du personnel nécessaire à M. Brassard pour son établissement, c'est-à-dire de cinq familles, parmi lesquelles douze communiants ; en tout dix-neuf âmes. En 1864, M. Brassard dirigea et surveilla les travaux du chemin de Mantawa. Personne plus que lui n'avait à cœur de le bien faire, d'ailleurs il résidait sur les lieux. En même temps, les travaux de son établissement se poursuivaient avec activité. Un moulin à farine fut aussi érigé au même endroit et, dès le 27 octobre, il commençait à fonctionner. On fit moudre ce jour-là quelques minots de blé et deux minots'de gaboûrage : ce fut tout un événement dans la petite colonie. Deux nouvelles familles arrivèrent dans le cours de l'été. D'un autre côté le mont Roberval que M. Brassard avait choisi pour y construire sa demeure fut en partie dépouillé de sa triste forêt, on revêtit son sommet d'un nouvel ornement ; dès le 8 mai M. Brassard bénit la maison qui devait lui servir de résidence, il s'y installa de suite, mais ce ne fut que le 31 juillet suivant, un dimanche, qu'il put dire la messe pour la première fois sur ce monticule. Un feu dévastateur fit cette année-là des ravages considérables. Depuis le 14 de juin jusqu'au 2 de juillet, l'incendie dévora les forêts des alentours, menaça à plusieurs reprises les bâtiments faits, ceux qui étaient en construction, et fit périr une partie