‹ La bourse ou la vieChapitre 41 sur 60 · SCÈNE IV JACQUES, HÉLÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE IV JACQUES, HÉLÈNE

JACQUES

La vie de Paris me dégoûte de plus en plus !

HÉLÈNE, se jetant à son cou.

Ah ! mon pauvre chéri ! mon pauvre chéri !

JACQUES

Voyons, voyons, ne nous affolons pas.

HÉLÈNE

Je ne te quitte plus, je veux t'accompa-

gner... Car c'est de ma faute tout ce qui arrive, c'est de ma faute...

C'est de ma faute autant que de la tienne...

HÉLÈNE

Tu ne m'en veux pas au moins, dis?

JACQUES

Quelle bêtise ! (il l'embrasse.) Je trouve même, en y réfléchissant, que notre situation s'é* claircit. Maintenant, nous savons où nous allons...

HELENE, moitié riant, moitié pleurant.

Nous allons à la Douillette.

JACQUES

Nous sommes dans la situation de voya-

geurs qui se sont aventurés dans des pays pas très sûrs, et qui ont été pris par des brigands. Nous en serons quittes pour payer une rançon, voilà tout.

HÉLÈNE

Où la trouverons-nous ?

JACQUES

Je vais réfléchir... écrire à mon notaire... * N'aie pas pe.ur.

HÉLÈNE

Tu n'es pas trop ennuyé, alors ?

Du tout, du tout. Je ne comprends même pas comment ça se fait, mais je suis très calme. Je suis presque de bonne humeur... Qu'est-ce que je t'avais toujours dit ? Ça finira mal ! Ça finira très mal !... Et ça a

très mal fini. Eh bien! c'est une grande satisfaction, quand les choses qu'on a prévues arrivent.

HELENE, se mettant sur ses genoux.

Tu sais, mon Jacquot, que tu laisses ici quelqu'un qui t'aime, qui t'adore...

JACQUES

Ne nous attendrissons pas..,

HÉLÈNE

Tout ce que j'ai fait, je l'ai fait parce que je t'aimais... parce que je voulais que tu sois heureux...

JACQUES

Nous sommes très heureux. Qu'est-ce qui nous manque ?

Et toi, tu m'aimes toujours ?

JACQUES

Je serais le dernier des ingrats...

HÉLÈNE

Ne ris pas. Tu m'aimes autant qu'avant ?

JACQUES

Davantage, ma chérie.

HÉLÈNE

Pas davantage, autant. Et tu penseras à moi tout le temps, n'est-ce pas ?

JACQUES

Tout le temps... Mais ne faisons pas trop attendre ce brave commissaire. (li se lève.)

HÉLÈNE

Au revoir, mon chéri... A demain, je pourrai aller là-bas demain, j'espère ?

JACQUES

Très facilement. A demain, ma petite Hélène.

HÉLÈNE

Soigne-toi bien. Tache de bien dormir... Tu n'emportes rien ?

Molineuf me prêtera ce dont j'aurai besoin.

HÉLÈNE

Tu lui diras bien des choses de ma part, à Molineuf. Dire qu'il a déjeuné ici ce matin !

JACQUES

Je dîne chez lui ce soir, rien de plus naturel.

HÉLÈNE

A demain... A demain... (Le tâtant.)Tu n'es pas très couvert, prends ton gros pardessus,

JACQUES

Oui... Et à demain, ma chérie... surtout ne perdons pas la tête... (Riant.) Ça finira très bien !...

Ils s'embrassent encore et il sort par la droite.

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