LE II0USSEL
Le voici, le chèque, le voici. Vous L'offrirez à votre mari de ma part et vous aurez la générosité de ne jamais lui révéler l'inconvenance que j'ai commise.
HÉLÈNE, radoucie, mais sans prendre le chèque.
Et c'est d'autant plus absurde, Le Houssel, que vous ne m'aimez pas du tout !
LE HOUSSEL.
Oh!
HÉLÈNE
Vous ne pouvez pas m'aimer, c'est impossible, vous aimez les femmes bruyantes, tapageuses, moi, je suis plutôt calme. Vous aimez les toilettes excentriques, moi, je m'habille très simplement. Avec élégance mais très simplement. Vous avez en hor-
reur les femmes mariées, vous leur avez toujours préféré les cocottes. Votre vie tout entière est là pour le prouver. Je ne réunis donc aucune des qualités que vous recherchez chez la femme, et voilà pourquoi il est impossible que vous m'aimiez... Reconnaissez-lè vous-même, Le Houssel, vous ne m'aimez pas, vous avez rêvé !
LE HOUSSEL.
Eh ! bien, oui, là... c'est vrai... j'ai rêvé, je ne vous aime pas, je ne vous ai jamais aimée, je ne vous ai jamais parlé d'amour. J'ai été la proie d'une hallucination. Etesvous contente ? Mais faites-moi la grâce de me dire que je suis redevenu un galant homme.
HÉLÈNE. (Un temps.)
Vous êtes redevenu un très galant homme, Le Houssel, et je vous remercie du service
que VOUS me rendez. (Elle prend le chèque que lui tend Le Houssel.)
LE HOUSSEL.
Ce n'est pas la peine d'en parler. Toutes mes amitiés à votre mari.
HÉLÈNE
Je n'y manquerai pas.
LE HOUSSEL,. prenant congé.
Chère Madame... (à part, en sortant.) Voilà une sensation qu'un homme qui n'aime pas donner d'argent aux femmes ne connaîtra jamais !
RIDEAU