UN ASSAUT INTERNATIONAL
AU BOX1NG-CLUB DE BRUXELLES
S’il est un sport peu connu et peu en usage sur le continent c’est certainement la boxe. Alors qu’en Angleterre, en Amérique et dans la plupart des colonies anglaises, cet exercice fait pour ainsi dire partie de l’éducation nationale et est répandu dans toutes les classes de la Société, il rencontre chez nous bien peu d’adeptes et peut-être même peu de sympathie.
La raison doit évidemment s’en trouver dans le caractère un peu violent de la boxe anglaise dont le spectacle n’est pas fait pour plaire aux âmes sensibles, et dans l’issue parfois funeste de ces assauts, au sujet desquels quelques renseignements pourront paraître utiles.
La boxe anglaise est une lutte où les combattants se servent exclusivement des poings fermés. Tout corps à corps, ainsi que les coups portés en dessous de la ceinture, sont interdits.
Sauf quelques cas extraordinaires, les boxeurs se servent toujours de gants de cuir, rembourrés de crin. L’usage de ces gants n’a pas principalement pour but de ménager les pugilistes, mais bien de permettre au combat de durer plus longtemps et d’assurer au boxeur le plus adroit et le mieux entraîné la victoire dont un coup malheureux reçu au début de la lutte aurait pu le frustrer. Souvent, dans des assauts professionnels, les gants ordinaires sont remplacés par des gants légers.
Les coups les plus dangereux sont ceux portés dans le creux de l’estomac ou les côtes ; aussi la plupart des grands pugilistes anglais conservent-ils la garde très basse pour protéger ces parties, tandis que les coups reçus à la tête ne paraissent guère les émouvoir.
Aucun exercice n’est plus violent et ne demande un entrainement plus sérieux que la boxe anglaise. Les boxeurs qui se pro-
posent' de figurer dans un assaut sérieux ou de disputer un championnat, se préparent de très longue date à la lutte. C’est au bord de la ruer, qu’assistés de leurs entraîneurs, ils reçoivent les dernières préparations pour acquérir cette endurance qui leur assurera la victoire, et le régime auquel ils se soumettent est si rigoureux qu’il faut toute la ténacité du caractère britannique pour pouvoir s’y assujettir.
L’on pourrait croire que, entraînés de telle sorte, les boxeurs se trouvent en état d’entreprendre une lutte de longue haleine sans désemparer, il n’en est rien. Le combat épuise si rapidement les forces des concurrents qu’il est indispensable de fractionner les assauts en rounds (reprises^ de 2 ou 3 minutes, séparés euxmêmeé par des intervalles de repos de 1 minute. Pendant ces repos, les seconds des boxeurs s’efforcent de leur rendre toute l’énergie possible en les éventant, leur épongeant la figure, ou bien encore en faisant usage de vaporisateurs chargés de vinaigre ou d’alcool. Le nombre des rounds varie beaucoup d’après la nature du combat. Deux ou trois d ms les assauts d’amateurs, il s’élève à dix ou vingt entre professionnels et est illimité pour les championnats.
Pour répartir plus également les chances de succès, les combattants sont divisés, d’après leur poids, en diverses catégories.
C’est l’Américain J. Corbett qui détient actuellement le championnat de la boxe du monde. Il enleva ce titre en 1892, à New- Orléans, à Sullivan, dans une lutte restée célèbre. Ce dernier, véritable hercule, cherchait à faire usage de force et à régler son concurrent en quelques coups ; mais Corbett, comprenant la tactique de son adversaire, employait toute son agil té à éviter les attaques terribles qui lui étaient portées. Ce n’est qu’à la dixième reprise que le premier coup sérieux fut donné par Corbett qui, ayant réussi à fatiguer le colosse américain, parvint bientôt à le dominer.
Un seul homme pourrait disputer à Corbett son titre de champion du monde, c’est Jackson, le nègre australien. Malheureusement, l’animosité qui règne aux Etats-Unis contre les noirs ne permet pas à un gentleman américain de se mesurer en public avec un homme de couleur.il convient toutefois de signaler qu’en
1891, Gorbett et Jackson se rencontrent dans un assaut privé. Après la série formidable de 64 rounds le combat fut déclaré sans résultat (draw), les deux champions se trouvant hors d’état de continuer.
Il nous a été donné, à la séance organisée, le il janvier 1896, par le Boxing-club.de Bruxelles, d’admirer les trois plus forts boxeurs du royaume uni : H. King (champion d’Angleterre, poids lourd), J. Steers (champion d’Angleterre, poids léger). Nous voyons difficile de se figurer, sans avoir vu des hommes de cette valeur, le degré de force et d’endurance que peut acquérir le corps humain par l’entraînement de l’exercice. Elevée à cette perfection, la boxe devient réellement un art et, malgré le côté violent de cet exercice, peu en harmonie avec nos mœurs, il s’impose à l’admiration par la façon dont il est compris et exécuté.
Le championnat light-veighls, amateur du conlinent, qui constituait la principale épreuve du programme a été remporté par M. Dettmer, le champion britannique, battant M. Tilbury, du Boxing-club de Bruxelles Celui-ci, malgré une belle défense, était visiblement affecté dès le troisième round par deux coups malheureux qu'il avait reçus et qui paralysaient une partie de ses moyens.
L’attrait de ce grand assaut international n’était pas peu relevé parla présence des maîtres de la boxe française, MM. Charlemont et Castérès. Rien de plus intéressant que de pouvoir comparer, dans la personne de leurs meilleurs représentants, la valeur respective de ces deux manières si différentes. Sans vouloir établir la supériorité matérielle de l’une sur l’autre, ce qui serait bien difficile, il est incontestable que la boxe française est plus gracieuse et plus agréable à la vue que sa rivale.
M. Charlemont a remporté un vif succès en exécutant, avec M. Fonst, son élève, une démonstration théorique de son art. La façon simple et élégante avec laquelle ce dernier, un tout jeune homme, exécutait les mouvements les plus difficiles, sans jamais se départir d'une précision étonnante, a soulevé des applaudis-* sements unanimes.
Deux mots pour finir, du Boxing-club de Bruxelles. Fondé en 1890 par M. Pleuser, assisté de ses amis, MM. F. Tilbury, O. Gré-
LA. BOXE FRANÇAISE
goire, A. Prier de Saône, Miette, Reiscke, Delapierre, R. François, etc... il remporta dès ses débats de brillants succès et se signala aux assauts internationaux de Paris et de Londres. En 1891, ses couleurs furent représentées au championnat d'Angleterre par M. Tilbury, qui ne céda que devant Dettmer, après avoir battu Henderson et Knight. Sous la généreuse impulsion de son président, le Boxing-club de Bruxelles se développa rapidement et acquit en quelques années une situation prépondérante.
M. Pleuser peut donc être considéré comme le propagateur de la boxe en Belgique et c’est en l’honneur de son vingtième anniversaire de pratique, que se donnait l’assaut international qui fait l’objet de ces quelques lignes. Qu’il nous soit permis de joindre nos félicitations aux applaudissements qui, à la fin de la réunion, saluèrent la remise par le Boxing-club à son président d’un magnifique bronze d’art, témoignage de remerciements et de sincère sympathie.
Le Véloce-Sport et Bicyclette réunis publia, à la date des 16 et 23 janvier 1896, deux articles intéressants sur la boxe française et la boxe anglaise, nous les reproduisons ci-dessous.