LES SPORTS
LA BOXE FRANÇAISE
« La boxe procède du pugilat qui était fort en honneur chez les anciens. Deux règles régissaient le pugilat : d’après la première, le combat avait lieu tête et poings nus; d’après la seconde, les antagonistes avaient les poings recouverts de cestes ou gantelets et la tête coiffée d’une amphotide, sorte de calotte protectrice.
« La renaissance du pugilat eut lieu en Angleterre au xivc siècle ; mais la boxe anglaise, qui diffère absolument de la boxe française, fera l’objet d’un second article.
« C’est vers 1830, et dans les bas-fonds de la société à la Courtille, que l’on pratiqua la savate , d’où est sortie la boxe française actuelle. Dans la savate, la garde était très basse, les jambes très écartées, les mains portées en avant. Un coup célèbre, dit coup de
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musette , consistait à relever le nez de l’adversaire avec la paume de la main ouverte ! A la vérité, la savate n’était pas un sport, mais un mode de combat inventé par les souteneurs de l’époque pour vider leurs querelles intéressées. Cependant le duc d’Orléans et lord Seymour figurèrent parmi les élèves de Michel Pisseux dit Gasseux, qui s’était intitulé professeur et exerçait dans un bouge que plusieurs romanciers ont rendu célèbre. Le véritable créateur de la boxe française fut Charles Lecour, qui en fixa les premiers principes. « L’Anglais, dit Alexandre Dumas père, dans un de ses romans, a perfectionné l’usage des bras et des poings, Charles Lecour y a ajouté le jeu des jambes et des pieds destinés à rapprocher ou à éloigner l’adversaire.
« Tour à tour Loze de Toulouse, Leboucher de Rouen, qui créa la canne; Hubert Lecour, frère de Charles Lecour, Tessier, Ducros, Vigneron, dit l’homme-canon et enfin Joseph Charlemont, apportèrent des améliorations au sport nouveau. Mais c’est le dernier nommé, père du professeur actuel, qui offrit au public une théorie complète, systématique et raisonnée de la boxe française; il divisa son cours en sept parties et reconnut trois coups de poing et cinq coups de pied principaux.
« Le cadre de cet article ne me permet pas de donner l’énumération de ces leçons et des coups principaux du cours de Charlemont père. Qu’il me suffise de dire que c’est ce cours qui est actuellement enseigné dans toutes les salles de boxe. Les professeurs les plus connus sont : Charlemont fils, qui a hérité de toutes les qualités de son père et est actuellement le champion incontestable de la boxe française ; Castérès, le meilleur élève des Charlemont et qui s’est souvent mesuré avec un certain succès contre son professeur ; les frères Leclerc, dont l’art, pour être un peu plus mièvre, est plus élégant ; les frères Qui 1 lier, de grands et solides gaillards; Langlois, Albert, Paul Mainguet, Louis Allard, Jolit, Moscovino, ces deux derniers professeurs à Joinville.
« Quelques amateurs passent également pour des boxeurs de réputation. Citons: MM. O. Robbe, vice-président de la Société des boxeurs français ; San-Marin, plus connu comme lutteur;
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Ranc, sénateur qui fut un assidu de la salle Charlemont ; marquis de Chasseloup-Laubat, Groslambert, Baumblalt, le baron Friederickz, fils de l’attaché militaire d’ambassade de Russie; Pasteur, Crémieux-Foa, Reubens, Levallois, Ch. Subercaseaux, Deligny, les frères Paulian, Léon Legrand, ce dernier spécialiste de la boxe anglaise, etc., etc.
« L’assaut de boxe est tout aussi intéressant, pour les connaisseurs que l’assaut d’armes. Les feintes, les parades, certains coups habilement combinés demandent autant de finesse, de vitesse et d’habileté que l’escrime.
« Maintenant la boxe, pratiquée avec des ganté de peau rembourrés et des pantoufles légères garnies de semelles en buffle, est loin d’être le sport brutal qu’on se figure.
« Les accidents y sont plus rares qu’à la salle d’armes ; un boxeur bien entraîné ne craint pas de recevoir, dans l’assaut, des coups de poing et des coups de pied appliqués dans la règle de l’art.
« On peut regretter que la méthode Charlemont ne soit pas appliquée à Joinville et dans toute l’armée, car les exercices d’ensemble, exécutés dans les cours des casernes, sont défectueux. Ils obligent les hommes de tailles différentes à exécuter à la même cadence des mouvements pareils. Ils n’ont même pas le prétexte d’apprendre à l’homme l’art de se défendre soi-même ; c’est plutôt , comme disent les vrais professeurs dé boxe, l’art d’attraper les mouches, que/ l’on enseigne depuis longtemps à nos soldats et mieux vaudrait leur donner de la souplesse et l’esprit d’initiative qui manquent à la plupart en leur faisant pratiquer les exercices et jeux du plein air.
« Le mérite principal de la boxe française est de constituer un excellent moyen de défense. L’homme qui a suivi pendant quelque temps le cours de boxe de Charlemont n’a plus « froid au yeux », il ne deviendra pas pour cela agressif, car les psychologues ont remarqué que la douceur était la caractéristique des gens vraiment forts, seulement, bien que sans méchanceté, le boxeur se défendra lorsqu’il sera attaqué !
« G. de Lafreté. »
1 6 janvier 1 896.
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