‹ La boxe française, historique et biographiqueChapitre 141 sur 233 · LES SPORTS · texte numérisé non relu

LES SPORTS

LA BOXE ANGLAISE

« La renaissance du pugilat en Angleterre date, comme je l’ai dit dans mon précédent article, du xive siècle. Elle fut sans doute provoquée par les lois très sévères édictées contre le duel vers cette époque, et qui rendirent bientôt impossible toute rencontre à l’épée. Ne pouvant croiser le fer, les gens en vinrent « aux poings ». Or, ces mœurs ont persisté jusqu’à ce jour, au collège, dans la rue, au bar, et même au Parlement, les discussions se terminent ordinairement par un pugilat en règle. En somme, ce combat qui met immédiatement fin aux querelles — battez-vous mais ne vous disputez pas — n’est-il pas plus rationnel, moins hypocrite surtout, que le duel qui, avec ses atermoiements, met les adversaires aux prises alors que le plus souvent ils ont repris leur sang-froid et reconnu le mal fondé de leur discorde.

« Mais la science de la boxe est répandue dans toutes les classes de la sociéié, de l’autre côté du détroit, tandis que la plupart des Français en ignorent totalement les règles. Si le couteau en Italie et en France joue, par contre, son rôle ignoble dans les chicanes de la rue, son usage est à peu près inconnu en Angleterre, même dans les milieux les plus interlopes de la vieille cité de Londres.

« Quelle est la. différence essentielle entre la boxe française et la boxe anglaise? Elle est contenue dans la définition suivante : Dans la boxe anglaise aucun coup ne doit viser au-dessous des hanches et il est défendu de porter un coup de pied ou de frapper avec la main ouverte. Hâtons -nous de dire que cette dernière restriction existe également dans la boxe française.

« Il faut distinguer, dans la boxe anglaise, l’assaut ordinaire du combat. L’assaut ordinaire, appelé boxe sparing , se pratique comme en France avec des gants rembourrés. Les adversaires ont droit à deux aides chargés de les éponger, de les éventer et de leur passer à boire pendant le temps qui leur est accordé par l’arbitre, pour les laisser souffler.

« Dans le combat, les antagonistes ont des témoins, comme dans notre duel et ils luttent les poings nus.

LA BOX K FRANÇAISE

« S’ils consentent à mettre les gants, c’est pour la frime, et après avoir eu le soin d’en retirer la bourre !

« Voici comment se règle le combat.

« Un carré de 6 mètres forme l'arène, où pénètrent les antagonistes, leurs témoins et leurs aides. Les combattants sont nus jusqu’à la ceinture. Au signal de l’arbitre, ils s’avancent, suivis de leurs témoins et se donnent la main. Puis ils se mettent en garde et cherchent aussitôt à se frapper. La durée du combat n’est pas limitée (témoin la rencontre de Corbett et de Peter Jackson, qui dura 4 heures 1/2 sans donner de résultats), et jamais les repos ne doivent dépasser une minute. Chaque reprise s’appelle un round ; on dit qu’un tel est sorti vainqueur de son adversaire en 6 rounds , c’est-à-dire 6 reprises.

« Lorsqu’un des combattants est momentanément étourdi par un coup de poing, ses témoins lui mettent du vinaigre sur la langue pour le ranimer. Quand l’un d’eux est enfin forcé de s’avouer vaincu, c’est-à-dire lorsqu’il gît à terre, dans l’impossibilité de se relever, le signal de la défaite est donné par son témoin qui jette l’éponge en l’air.

« En somme, ce genre de combat est barbare et rappelle, en certains côtés, les luttes de gladiateurs.

« Du reste, tous les gouvernements sont maintenant d’accord pour interdire les combats de boxe. Les professionnels de ce sport (ne pas confondre avec les professeurs de boxe sparing ) ne savent plus où l’exercer ; et James Corbett, le champion du monde actuel, a, pour cette raison, bien des chances de garder longtemps sa fameuse ceinture.

« Le poids et la taille, mais le poids surtout, partagent en trois classes les boxeurs anglais : il y a des champions de petit poids, de poids moyen et de gros poids. Il est très rare que des champions de poids différents se rencontrent, et bien plus rare encore que le poids inférieur ait raison du poids supérieur.

« Le premier champion anglais connu fut Jack-Broughton , qui fixa les règles de la boxe anglaise. Vinrent ensuite Tom Johnson, puis John Jackson, qui par son élégance et sa conviction, mérita le nom de gentleman-boxer et fut prôné par Byron qui se flattait d’avoir été son élève.

LA BOXE FRANÇAISE

« Le champion du monde actuel est, comme je l’ai dit, James Corbett, qui n’a trouvé son égal que dans le nègre Peters Jackson.

(c Gorbett est, lui aussi, un véritable gentleman, par l’allure et la façon d’être. Fitzsimmons, un champion de poids moyen, qui vient d’avoir l’avantage dans plusieurs rencontres, a provoqué Gorbett. Mais celui-ci a répondu fort justement à son rival qu’il serait à sa disposition lorsqu’il aurait battu les champions de gros poids qu’il avait, lui Gorbett, défaits déjà. Cependant, d'après les dernières nouvelles, Corbett, désireux d'en finir avec les rodomontades de Fitzsimmons, aurait l’intention de lui accorder le match qu’il semble tant désirer. Par exemple on se demande où, quand, et dans quelles conditions pourra avoir lieu cette rencontre.

« En dehors de ces boxeurs réputés, on peut encore citer les anglais Sullivan (défait par Gorbett) et James Smith ; l’australien Slavin ; l’américain Kilrain.

« En France, la boxe anglaise est peu pratiquée.

« Cependant un amateur, M. Legrand fils, arrive à se mettre dans une assez jolie forme. Maintenant, la plupart des professeurs de boxe française pratiquent, à leurs moments perdus, la boxe anglaise.

« G. de Lafreté. »

23 janvier 1896.

Pour la deuxième fois, l’Angleterre s'est donné la fantaisie de faire figurer, dans ses fêtes d’escrime et de boxe, la boxe française.

C'est ainsi que M. Charlemont fils a été invité à prêter son concours au boxing-club de l’Université de Cambridge, comme représentant de la boxe française.

Nous donnons ci-dessous la circulaire annonçant cet assaut intéressant, en y joignant le programme officiel :

« Le comité du Club de boxe et d’escrime, de l’Université de Cambridge (C.Y. Boxing et Fencing-club), désire attirer l’attention des membres de l’Université sur le programme de la séance qui sera donnée samedi soir dans la salle de la Bourse au Blé.

« Il désire surtout signaler particulièrement l’exceptionnelle occasion que l’on aura d’assister à une démonstration de l’art de

la savate. M. Charlemont, le champion reconnu de France, viendra de Paris à Cambridge pour démontrer au public anglais l’efficacité du pied comme arme d’attaque et de défense et en même temps pour exposer la méthode française de boxe. Il sera accompagné par un prévôt et par un jeune élève M. Fonst, qui l’aideront dans sa démonstration. Entre autres exploits, M. Charlemont entreprendra de se défendre avec ses pieds contre les attaques d’un champion de boxe anglaise.

« Il désire également attirer l’attention sur le combat de boxe au. gant entre le champion amateur de Tan passé, poids lourd, et M. Paulian, un étudiant français actuellement à l’Université de Cambridge et membre du club. M. Paulian a appris la boxe à Paris, chez M. Charlemont et son galant défi au champion anglais montre assez sa confiance dans la méthode française.

v( Le reste du programme parle de lui-même sans qu’il soit besoin d’insister. Nous ferons cependant remarquer que toutes les personnes qui prendront part à cette séance donnent leurs services uniquement par amour du sport et par dévouement à l’Université. » V;

CAMBRIBGE

University Boxing et Fencing-Club

Page 1