ACTUALITÉ
SOCIÉTÉ DES BOXEURS FRANÇAIS
La fusion avec le cercle de V escrime. Aménagement unique.
Charlemont père , professeur
« Le sport de la boxe — et particulièrement la boxe française — a pris en certaines années une extension qui étonne même ses plus anciens partisans. 11 n’y a pas bien longtemps cet exercice était encore vilipendé par ceux qui, naturellement, en ignoraient les règles les plus essentielles. On le confondait généralement avec le pugilat, ou même avec l’ancienne savate que l’on pratique encore à Marseille.
« Quant au monde de l’escrime, il professait pour la boxe française un dédain qui n’était pas exempt de jalousie.
« Aujourd’hui tout est changé. Les salles de professeurs de boxe, peu fréquentées à l’époque, comptent à présent de nombreux élèves. Charlemont fils, Gastérès, les frères Leclerc, ne savent plus où donner de la tête, et du matin au soir ils se multiplient aidés de leurs prévôts, pour apprendre à quantité de néophytes l’art de donner des coups de poing et des coups de pied et de ne point en recevoir. Quant aux escrimeurs, non seulement ils ne méprisent
LA BOXE FRANÇAISE
plus la boxé, mais nombre d'en Ire eux la pratiquent concurremment avec le fleuret, l’épée et même le sabre.
« Aussi annonce-t-on pour cet hiver des assauts mixtes où nous verrons se succéder, sur la planche, escrimeurs et boxeurs ; et, — nouvelle plus sensationnelle encore — la Société des boxeurs français vient, elle, de fusionner avec le Cercle de l’escrime.
« La S. B. F. pour employer l’abréviation admise dans le langage sportif, est, en quelque sorte, la société d’encouragement au sport de la boxe. C’est-à-dire qu’elle ne protège pas de coterie, et qu’elle est accessible à tous les amateurs de cet exercice.
« Fondée en 1890, avec les meilleurs éléments de la salle Charlemont père et fils, elle vient d’afficher son indépendance en s’installant chez elle, au cercle de l’escrime.
« C’est là, rue Taitbout,en plein centre de Paris, que la S. B. F. va occuper un local dont l’aménagement sera non seulement luxueux, mais tout à fait nouveau.
« Nous y pénétrâmes hier par l’entrée particulière qui donne sur le grand escalier du cercle. Nous nous dispensons de la description du vestiaire, des lavabos, douches, etc.
« Arrivons tout de suite à la salle de boxe qui est de grandes dimensions. Très haute de plafond et éclairée à l'électricité, elle est beaucoup plus aérée que les salles de boxe ordinaires. Mais ce qui en constitue le clou, est le capitonnage épais qui en recouvre les murs jusqu’à une hauteur de lm70.
« Ce perfectionnement tout nouveau permettra aux tireurs du club de s’envoyer « dinguer »isans risquer de recevoir des « gnons » sinon dangereux, du moins désagréables !
« Une terrasse en plein air continue la salle ; elle sera aménagée de façon à pouvoir y faire assaut lorsque la douceur de la température le permettra.
« En dehors de ce magnifique local, les membres de la Société des Boxeurs français jouiront de tous les avantages offerts aux autres membres du cercle de l’escrime.
« Ils auront notamment accès à cette brillante salle d’armes du cercle, où, en dehors des professeurs Hottelet, Mégie, Midlair et Anjalbert, l’on voit tirer chaque jour les plus fines lames du
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monde ; car la salle est le rendez-vous des tireurs étrangers ou provinciaux de passage à Paris.
« Pini s’y entraîne en ce moment tous les jours en vue de la campagne qu’il doit fournir cette année.
« Mais revenons à la S. B. F. Quel sera, direz-vous, le professeur delà salle? Oh! mon Dieu, la Société eût pu tomber plus mal, car elle a tout simplement choisi J. Charlemont père, c’està dire l’homme qui a codifié la boxe française et en a fait Part véritable, qu’elle est actuellement.
« Cinquante ans — (il ne les parait pas) — la figure martiale, mince et élancée comme un jeune homme, le célèbre professeur a gardé une grande souplesse. La goutte l’a cependant attaqué, mais elle ne le terrassa point.
« Le Mérignac de la boxe sera donc le directeur dé la salle des boxeurs français ; c’est dire que l’on y respectera les règles de l’Académie la plus pure.
« Quant à Charlemont fils, le si digne fils de son père, il continuera à présider avec sa maestria ordinaire aux destinées de la salle de la rue des Martyrs.
« Car, nous ne saurions trop insister, la Société des Boxeurs français ne s’érige pas en concurrence des salles de boxe existantes. Ce sera au contraire, un terrain neutre où les élèves de tels et tels professeurs pourront se rencontrer. Ils seront conviés aux assauts intimes pour lesquels il a été voté un budget important. Ceux-ci auront lieu dans la grande salle d’armes du cercle qui peut contenir cinq cents personnes.
« Puis viendront les grands assauts, entre autres celui du cirque des Champs-Elysées. Celui-là — signe des temps — sera mixte, c’est-à-dire composé de « numéros » de boxe et d’escrime, ce qui permettra de ne convier que l’élite des tireurs.
« Avant de clore cet article écrit à la hâte, il s’agissait de ne pas rater un « tuyau » aussi sensationnel — parlons un peu de la composition de la société qui, malgré sa fusion avec le cercle de l’escrime, garde son autonomie.
« Président : A. Rogé ; vice-président C. Ranowitz ; secrétaire
G. Baumblatt, un actif entre les actifs : membres du comité : MM. O. Robbe, un des fondateurs de la S. B. F., Signoret, Groslambert, Stock, G. Brettmayer.
« Parmi les quatre-vingts membres, citons : A. Ranc, sénateur, un grand partisan de la boxe; Paschal Grousset, député, baron de Fréederickz, Faucher d’Otrante, Reubens, Paoli, San- Marin, etc...
« Gageons que le chiffre des membres de la société va doubler, tripler même cette année, et cela pour le plus grand bien du sport dont elle s’est chargé de diriger les pas.
« 0. Parivel. »
Paris-Vélo, l«r février 1897.